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Piano bleu

Romain Descharmes

Merci à Romain Descharmes d'avoir répondu aux questions de Piano bleu pour la réalisation de cette page.

Biographie commentée

Romain Descharmes est né le 26 mars 1980 à Nancy. Ses parents ont tous les deux fait un peu de piano dans leur jeunesse c'est dit-il "resté sans suite" sauf qu'en fait il y a bien eu une suite puisque leur fils a " découvert le piano à 7 ans. Ce n'est pas parti d'une envie particulière. Il y avait un piano à la maison et mes parents souhaitaient que je fasse de la musique. Et dès les premiers cours, j'ai accroché et je voulais toujours jouer et apprendre de nouveaux morceaux. J'habitais à l'époque dans un petit village des Vosges et j'ai commencé le piano par des cours particuliers chez une dame, Madame Collot, assez reconnue dans la région. Je me souviens parfaitement de l'ambiance de sa maison. Il y avait une sorte de rituel pour tous ses élèves. Les débutants apprenaient les notes et les premiers morceaux sur un piano électrique. Et au fur et à mesure des années et des progrès, on passait dans une autre pièce avec un piano droit. Et enfin, lorsqu'on avait bien travaillé à la fin de l'année, et à partir d'un certain niveau, on avait le droit et l'honneur de jouer sur le grand piano à queue. J'ai un souvenir de ce passage au grand piano comme une récompense à de gros efforts tel un parcours du combattant ou un rite initiatique."
L'année suivante il entre au conservatoire de Nancy :" Je me souviens d'une sorte d'audition où, mort de trac, devant mon futur professeur Mademoiselle Triebel, j'ai joué le " Coucou " de Daquin, morceau que j'adorais jouer mais avec un passage difficile que je ne maîtrisais pas totalement. J'ai eu très peur qu'elle me reprenne sur ce passage, mais finalement, elle était ravie et je suis resté près de 6 ans dans sa classe."
Romain Descharmes a obtenu ensuite sa médaille d'or à 14 ans dans la classe de Hugues Leclère :"J'ai appris énormément grâce à lui. Je commençais enfin à comprendre et à avoir conscience du son du piano, de la façon de le construire et avec lui, le phrasé et la musique elle-même. Je pense avoir eu beaucoup de chance en ce qui concerne mes rencontres musicales dès mon plus jeune âge. Car, comme tout apprentissage, les premières années déterminent ce que sera le futur."
Ensuite, pour faciliter ses études, il s'installe à Paris où il passe son bac scientifique, tout en étant élève au CNR de Paris avant de rentrer au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris cette même année : "Jusqu'à cette époque, je ne savais pas quel métier je voulais faire. C'est vrai, le piano fonctionnait bien, mais je n'ai jamais, comme certain, été sûr depuis l'enfance de vouloir être musicien, pianiste. A différentes périodes, j'avais envie d'être astrophysicien, neurochirurgien, psychiatre, cuisinier (j'adore toujours faire la cuisine d'ailleurs, et c'était la plus réalisable de ces ambitions...). J'adorais les sciences donc, et finalement, je suis rentré au CNSM la même année que mon bac S, le choix a donc été pris à ce moment là. Je ne crois pas que la vie soit pré-écrite, mais je suis persuadé que les choses arrivent quand elle doivent arriver et que les signes qu'on peut y trouver sont d'une importance capitale. Je m'étais quand même inscrit dans une fac de sciences, mais finalement, on peut dire que la vie a choisi pour moi."
Romain Descharmes entre donc au CNSMDP en 1998 , où il obtiendra, avec des mentions très bien, 4 Prix et Diplômes de Formation Supérieure (piano, musique de chambre, accompagnement au piano et accompagnement vocal) notamment dans les classes de Jacques Rouvier, Bruno Rigutto, Christian Ivaldi..." En arrivant au CNSM, je pense qu'on est tous un peu les mêmes partageant un mélange de fierté et d'appréhension. En venant d'un conservatoire de région, et avec un niveau élevé, je me retrouvais dans le grand conservatoire national, au début seulement de mes études. Je pense que chaque personne qui a fréquenté le CNSMP a eu besoin d'une période d'acclimatation nécessaire pour se rendre compte qu'à 17-18 ans, seulement une très petite partie de la vie et de la recherche d'un musicien se sont écoulées et que tout le travail reste à faire. J'ai eu la chance encore une fois de rencontrer des professeurs, et au-delà de ça, des personnalités musicales hors du commun.
Jacques Rouvier est une sorte de " magicien-psychologue " avec ses élèves. En quelques mots, j'ai souvenir qu'il réussissait à déclencher et à provoquer l'engagement musical, à nous faire prendre des risques tout en étant parfaitement maître de l'instrument, et ce, en restant sans cesse à l'écoute des réactions de ses élèves. Je sais que beaucoup de pianistes ont eu l'expérience avec Jacques Rouvier que grâce à un mot, tel ou tel passage difficile musicalement ou techniquement, trouvait sa signification, et du coup, ne posait plus de problème, et ce, même à notre insu.
J'ai rencontré Bruno Rigutto pendant mon IIIème cycle. Sa personnalité et sa façon de discuter de la musique m'ont offert une façon différente d'écouter ce que je faisais, pour ne plus voir ceci comme du piano mais comme une oeuvre avec un sens. En fait, j'avais cinq ans de plus qu'à mes débuts au conservatoire, et je commençais finalement à comprendre le "sens" de la musique. Je ressentais ses cours plus comme une discussion entre deux musiciens qu'un cours de conservatoire. Ce qui fait qu'il m'a permis de passer de ma vie d' "étudiant-pianiste" à celle de "musicien-pianiste". J'ai une image très précise d'un cours avec Bruno Rigutto : il prenait dans sa main un objet imaginaire qu'il disait être le papyrus le plus ancien et le plus précieux de l'humanité. Il me le faisait passer entre mes mains et ainsi je commençais à jouer. Et le son qui sortait du piano était magique, seulement par l'imagination.
Et bien sûr d'autres personnalités comme Christian Ivaldi, Jean Koerner ou Anne Grappotte, m'ont appris énormément sur ce que je pense maintenant être primordial en tant que musicien, ou artiste (bien que je déteste la façon dont on emploie ce mot maintenant) : le piano, le corps, la partition ne sont que des outils. A nous de faire que la musique à travers eux se transforme en émotion pour atteindre directement le public
."

Pendant son IIIème cycle, Romain Descharmes a eu l'occasion d'enregistrer un disque grâce à la fondation Meyer..."J'avais choisi un programme allant des derniers Liszt à Rwezski, en passant par Debussy, Schönberg, Scriabine et Boulez. J'ai réussi à prendre un rendez-vous avec Pierre Boulez après de nombreux essais. Sa secrétaire m'avait proposé un créneau de 20 minutes entre deux répétitions qu'il faisait à la cité de la musique. J'ai découvert un homme très simple et sympathique. Il m'a écouté jouer sa 1ère Sonate sans dire un mot, puis il m'a donné quelques conseils et des indications qui manquaient dans l'édition. C'est une véritable chance pour nous interprètes de pouvoir rencontrer le compositeur pour essayer de comprendre comment il a pensé l'oeuvre, qu'est ce qu'elle signifie pour lui, afin d'être au plus proche de ce qu'il désirait entendre au moment de l'écriture. Qui n'a jamais rêvé de rencontrer Bach, Chopin ou Mozart ?".
Romain Descharmes se voit décerner en 2006 le Premier Grand Prix lors du Concours International de Dublin.."Le concours de Dublin m'a vraiment apporté beaucoup. Contrairement à certains concours qui promettent des concerts en énorme quantité, qui ne se réalisent finalement pas, Dublin a un "service après concours" vraiment efficace. Je pense que l'important dans un concours est qu'il permette de construire l' "après". Car le prix et les honneurs sont une chose, mais la façon dont on s'en sert est encore plus importante. Par exemple, grâce à ce prix, j'ai pu me produire en récital au Wigmore Hall à Londres, au Carnegie Hall à New York, avec de nombreux orchestres en Irlande et aux Etats-Unis notamment, j'ai pu également enregistrer mon premier disque (Brahms chez Claudio Records). J'ai donc pu acquérir un début d'expérience extrêmement intéressant tant sur le plan musical que sur le plan relationnel. Car malgré les dizaines d'années passées devant notre piano, ce métier s'apprend chaque jour, et il s'apprend par soi-même, sur le terrain ou plutôt sur la scène. Je suis conscient que les concours ne font pas tout. Mais je pense qu'il n'a jamais été mauvais pour un artiste en développement entre 18 et 25 ans, de se confronter (même si je n'aime pas trop ce terme) à d'autres, d'être dans des conditions de pression intense pendant 15 jours, d'avoir 3 programmes dans les doigts, tout simplement parce que c'est ainsi que cela se passe la plupart du temps dans la vie de musicien. Et ce n'est pas à 30 ans qu'on a le courage de se plonger là-dedans. J'ai passé quelques autres concours (et de toute façon, je ne vois pas l'intérêt dans passer un tous les trois mois), mais maintenant, pour rien au monde, je reviendrais à cette époque."
Romain Descharmes se produit fréquemment en France : La Roque d'Anthéron, Piano aux Jacobins, Rencontres Internationales F. Chopin, Serres d'Auteuil, Nancyphonies, St Jean de Luz , Festival Agora... et à l'étranger : Festivals Arties en Inde, Beyrouth, Cervantino au Mexique....interrogé sur ses meilleurs et pires souvenirs de concerts, il confie avoir beaucoup d'expérience de concerts plus ou moins heureux :"Un des plus marquant est peut-être le récital que j'ai donné au Carnegie Hall après le concours de Dublin. Une immense affiche avec mon nom, placardée sur le mur, juste à côté de Lang Lang, ma loge à quelques mètres de celle de Felicity Lott. Je me souviens aussi d'un concert avec Henri Demarquette au violoncelle et Olivier Patey à la clarinette, un trio de Brahms en Inde où, au moment de rentrer sur scène, Henri nous dit (avec des mots que je ne peux pas forcement utiliser ici), " aller, on envoie tout, et surtout pas de version soignée ". Et le trio a été magique pour nous et pour le public. Par contre, j'ai eu également l'expérience où plus rien n'allait comme souhaité. Assez proche du cauchemar que chaque musicien a fait au moins 10 fois : le moment où on oublie tout, les doigts ne fonctionnent plus, et on a beau crier , se concentrer pour faire bouger ses muscles, rien ne répond comme l'on souhaiterait. Le trac qui paralyse tout. C'est une sensation atroce. Heureusement exceptionnelle, et tout rentre dans l'ordre rapidement."
D'une manière générale, Romain Descharmes adore voyager à l'occasion de ses concerts : "J'aime me balader et me perdre dans des villes et dans des pays que je ne connais pas, et simplement observer les gens, les magasins dans les rues. Le Japon est un des pays dans lequel je préfère aller. J'ai une histoire spéciale avec le Japon. J'étais là pour mon premier concours, c'est le premier pays étranger que j'ai visité en dehors de l'Europe, ma future femme est japonaise, et surtout, on y mange extrêmement bien. J'adore la cuisine, et, la France, le Japon et l'Italie sont, dans l'ordre pour moi, le trio gagnant de la gastronomie. Et ils correspondent étrangement aux pays où je préfère aller. Mais j'ai encore également tant d'endroits à découvrir, comme l'Amérique de sud, la Russie, que je ne connais pas."
Romain Descharmes a beaucoup de beaux projets dans les mois qui viennent ..."Que ce soit en récital, à Sceaux, pour piano aux Jacobins, au Japon, avec l'orchestre de Paris... et je vais également participer au prochain disque de Sarah Nemtanu, enregistrer les sonates de Brahms pour clarinette avec Oliver Patey pour un label de disque que nous allons créer avec des amis (arties records), faire un 2ème album avec mon groupe Quai n.5, organiser un festival en Toscane... "

Son répertoire, son interprétation...

Romain Descharmes indique que pour l'instant il ne peut pas définir son répertoire... "Je trouve que les "musiciens classiques" sont déjà tellement confrontés à des "codes", et autres "cases", que je ne suis pas favorable à aborder tel ou tel compositeur, telle ou telle période, uniquement. J'essaie de toucher un peu à tout, en fonction des programmes de récitals, de mes envies du moment et de travailler des oeuvres nouvelles régulièrement pour ne pas m'enfermer dans un " programme-type ". Bien sûr j'ai mes préférences, et certains morceaux dans lesquels je me sens mieux.
J'ai eu la chance d'avoir pu enregistrer mes deux premiers disques solo avec mes compositeurs favoris, Brahms et Ravel. Je trouve qu'ils parviennent à écrire, chacun dans leur style, une musique immensément expressive avec toujours une certaine retenue pudique, ce qui créé une musique extrêmement intense et profonde qui touche et émeut sans artifice. Et puis, je ne connais pas une oeuvre de musique de chambre de Brahms, que ce soit pour cordes, vents, voix ou piano qui ne soit géniale. Il y a aussi une foule de pièces ou de compositeurs que j'adorerais travailler mais auxquels je n'ai pas eu encore l'occasion de toucher comme les sonates de Prokofiev, l'opus 106 de Beethoven, la musique espagnole, le jazz...
"
Pianiste recherché en tant que chambriste pour son écoute, sa sensibilité et sa large connaissance du répertoire allant de la sonate au grandes formations en passant par le lied qu'il affectionne particulièrement, il se produit avec des artistes tels que Roland Daugareil, Henri Demarquette, Laurent Korcia, Sarah Nemtanu, l'ensemble Court-Circuit, le quatuor Ebène, le Berliner Philarmoniker Quintette :"La musique de chambre a toujours fait partie de ma vie de musicien. Quand j'avais une dizaine d'année, mon cousin jouait de la flûte et nous jouions très souvent ensemble à chaques vacances scolaires, soit les morceaux qu'il avait travaillé, soit nos propres compositions. Je me souviens avoir écrit avec lui plusieurs morceaux pour piano, flûte et piano et même une symphonie qui s'est limitée à la nomenclature, un unisson pour tout l'orchestre, très fort et quelques rythmes aux timbales. Donc finalement, nous n'étions pas aussi doués que Mozart... Depuis, que ce soit à Nancy ou au CNSM, je n'ai jamais arrêté. Pas forcément avec un groupe fixe. Et j'ai pu ainsi énormément de personnalités différentes. Ce que j'aime particulièrement avec la musique de chambre, c'est l'écoute, la disponibilité et la réactivité qu'elle développe. Et toutes ces qualités sont absolument nécessaires pour tous les musiciens, même en étant seul sur scène. Rien n'est plus magique qu'une rencontre qui, humainement, est enrichissante et qui, musicalement, permet ce moment unique où, même sans mot, on comprend ce que tel ou tel partenaire veut dire par sa musique. Alors à chacun ensuite de réagir à ce qui vient d'être proposé. J'ai de nombreux magnifiques souvenirs de moments magiques où la musique coulait, avec une simplicité et une facilité telles, qu'il suffisait de se laisser glisser et porter par la musique en ayant cette impression extraordinaire que rien ne pouvait empêcher ces instants de pur bonheur."
Romain Descharmes précise qu'il a réalisé de nombreux beaux projets grâce à la musique de chambre..." dans de nombreux pays comme le Mexique, l'Inde, le Japon, la Malaisie. Et puis il y a aussi des projets à venir comme de créer avec des amis un label de disque en Inde, de monter un festival et un stage de musique en Italie, et de faire le plus de rencontres intéressantes possibles. Car pour moi, avant tout, la musique de chambre, et la musique en général, sont là pour partager des choses avec de bons copains, que ce soit sur scène ou autour d'une bonne table..."

Parallèlement, au CNR de Paris, Romain Descharmes a une classe de musique de chambre et il travaille également beaucoup avec les chanteurs "grâce à eux j'ai appris énormément sur ma façon de penser la musique tant sur le plan du discours musical que de la respiration, ou de la façon de transmettre une émotion. Car avec le chanteur, l'émotion vient directement du corps et ne passe pas par un " objet " étranger. C'est une chose qui est difficile à appliquer pour nous les pianistes, tant nous paraissons séparés de notre instrument, mais il est primordial de développer un imaginaire et des sensations pour parvenir à transmettre ces émotions."
Cependant Romain Descharmes ne souhaite pas se spécialiser dans cette activité de musique de chambre : "Chaque expérience de scène est unique car ça n'est rarement avec les mêmes personnes, dans les mêmes salles, dans les mêmes pays. Lors d'un récital, je recherche une sorte de " communion " entre moi, le piano et le public. C'est une sensation très spéciale de sentir le public sur sa droite. On peut savoir si il écoute, s'endort, s'excite, si il y a une agitation pendant les cinq premières minutes qui s'apaise ensuite. Et c'est en réussissant à maintenir une tension, une émotion dans la salle, que finalement on parvient à emmener les gens où on le décide, et faire un concert réussi. On compare souvent le récital à une mise à mort comme dans une arène. Je trouve l'image assez juste mais le concert est également en quelque sorte, un envoûtement dans lequel l'artiste serait le gourou.
Avec orchestre, c'est la même chose, avec en plus le côté plus grandiose et spectaculaire. J'essaye autant que possible, de penser le concerto comme de la musique de chambre avec grand ensemble. Et je pense qu'on gagne incontestablement à le penser comme un immense octuor avec piano. Et lorsque l'orchestre fait de même, lorsqu'il y a une écoute mutuelle, il y a un moment magique que bien sûr le public ressent et qui le touche au plus profond sans même qu'il s'en rende compte
."

Interrogé sur sa façon de travailler Romain Descharmes confie : "J'ai toujours adoré lire de la musique, depuis que je suis débutant. La période de travail qui s'étend du déchiffrage au moment où l'on sent que l'oeuvre commence à être intégrée physiquement et musicalement est pour moi la plus jouissive. Vient ensuite une période de stagnation et après, le vrai travail en profondeur intervient. Peut-être le plus passionnant. Généralement, je préfère ne pas écouter de disque avant d'avoir une vision personnelle de l'oeuvre. Et quand j'écoute alors, c'est uniquement pour entendre la musique d'une autre oreille, comme lorsque je joue pour un professeur. Jamais pour m'influencer dans le sens de tel ou tel interprète.
Je ne suis pas tellement pour le fait de travailler ou de rabâcher les oeuvres pendant des heures. Bien que je passe une bonne partie de mon temps sur mon piano, je ne suis pas capable, tant physiquement qu'au niveau de la concentration, de passer 12 heures efficaces par jour sur mon instrument. Cela a toujours été plus utile pour moi de travailler très intensivement pendant 3 ou 4 heures que de tourner en rond toute la journée. Ou alors de passer ces heures avec la partition, sur une table en écoutant le chant intérieur
."
Quant à ce à quoi il attache le plus d'importance dans son interprétation...:"De plus en plus, depuis que je travaille régulièrement avec des chanteurs, ma première préoccupation dans le travail ou sur scène, est de me servir de la musique pour " raconter une histoire ", exprimer quelque chose. Et je pense que ce n'est pas seulement la musique qui dit des choses, mais c'est surtout la volonté de dire quelque chose qui fait que la musique sort, sans pouvoir sortir autrement. Souvent je dis aux chanteurs que ce n'est pas une respiration expressive qui va amener l'émotion, mais c'est souvent l'émotion qui fait que la respiration ne peut être qu'expressive. Et alors, l'expression est juste, sincère, et trouve sa signification. De même, un immense crescendo exprime un sentiment grandissant, mais c'est surtout un sentiment intérieur grandissant qui fait augmenter la puissance du son. Et plus particulièrement pour le piano, j'essaie toujours d'entendre un orchestre et un chanteur. Le piano est un instrument fabuleux avec lequel on peut à la fois chanter un grand air d'opéra, et imaginer le son de l'orchestre qui va avec. C'est peut-être les choses sur lesquelles je travaille le plus avant un concert."
Et quand il ne joue pas de piano classique ...Romain Descharmes aime écouter autre chose que ce qu'il j'écoute toute la journée et il joue aussi dans une formation originale : "j'adore la guitare électrique, surtout Jimi Hendrix, ou des groupes comme AC/DC ou encore Jacques Brel. J'adore aussi le silence. Je fais également partie du groupe Quai n.5 avec Jean-Marc Phillips au violon, Stéphane Logerot à la contrebasse, Paul Mindy aux percussions et Jean-Luc Manca à l'accordéon. C'est un groupe disons de "musiques du monde" sur des arrangements de Stéphane Logerot. C'est une musique et une façon de jouer totalement différentes du classique et elle décomplexe la façon de jouer. Et je l'ai tout de suite senti en condition de "récital classique". L'écoute n'est plus la même, la pression est différente, on relativise beaucoup plus et surtout on se rappelle qu'on a la chance de faire de la musique et on prend encore plus de plaisir à jouer en récital, musique de chambre ou avec orchestre. Et en pratiquant, à mon niveau, la musique brésilienne, argentine ou yiddish, je ne peux plus entendre une syncope chez Mozart de la même façon qu'avant. Elle prend toute sa valeur expressive."

Ecouter...

Maurice Ravel
Piano works
Romain Descharmes

Valses nobles et sentimentales
Gaspard de la nuit
Sonatine
La Valse 

S'il est assez fréquent que les pianistes enregistrent l'intégralité des oeuvres de Ravel pour piano seul qui tient sur deux disques, le pianiste Romain Descharmes qui signe là son second disque après un disque Brahms, interprète une sélection mais à laquelle il a ajouté une oeuvre qui ne fait pas toujours partie des intégrales car considérée un peu à part s'agissant d'une transcription d'une oeuvre pour orchestre : "La valse" , existant également dans une version pour deux pianos. Celle-ci laisse au pianiste une large part d'improvisation et est particulièrement difficile. Le hasard a fait que j'ai eu précisément l'occasion d'être à Montpellier l'été dernier alors que Romain Descharmes a joué cette pièce en concert lors du festival Radio France Montpellier Languedoc Roussillon. Etant donné mon propre enthousiasme et celle du public entier, son disque qui précisément comporte cette pièce d'une grande difficulté technique est à découvrir absolument. Il vous permettra d'en apprécier son interprétation remarquable et captivante qui dégage une très belle énergie communicative tant sur cet enregistrement qu'en concert
Bien sûr le reste de l'album est aussi remarquable avec notamment d'autres Valses qualifiées quant à elles .... de "nobles et sentimentales" demandant un jeu contrasté et sensible qu'il possède tout à fait, ainsi la première valse elle aussi énergique "modéré très franc" que vous pourrez entendre plus bas est suivi d'une deuxième valse d'un tempo "assez lent" particulièrement splendide, d'une grande intériorité.... Quant à "Gaspard de la nuit" exigeant tout autant que "la valse" citée plus haut , une grande technicité et considéré comme l'un des plus grand chef d'oeuvre pianistique du 20 ème siècle, il en exalte avec talent les différents éléments ou personnages suggérés dans les poèmes qui ont inspirés les trois pièces de ce tryptique poétique notamment la fée aquatique de "Ondine" , le tintement des cloches et l'atmosphère lourde où raisonne les plaintes d'un pendu dans "Le Gibet", et le gnome démoniaque Scarbo. Romain Descharmes a bien voulu répondre à quelques questions sur celui-ci en complément à celles sur son parcours ....cliquez ici pour lire la suite et écouter un extrait

en concert :

Lundi 17 janvier 2011 à 20H
Athénée Théâtre Louis-Jouvet
7, rue Boudreau
75009 Paris
Romain Descharmes, piano
RAVEL Valses nobles et sentimentales.
CHABRIER Sous bois, Tourbillon, Idylle, Improvisation, Scherzo-Valse. Extraits des Pièces pittoresques.
DEBUSSY Quatre études, pour les quartes, les sixtes, les sonorités opposées et les octaves.
DUBOIS Sonate en la mineur.
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