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Piano bleu
Philippe Bianconi
Merci à Philippe Bianconi d'avoir répondu aux questions
de Piano bleu pour la réalisation de cette page.
Biographie résumée
Philippe
Bianconi, né le 27 mars 1960 à Nice, confie devoir son
amour de la musique, et du piano, à ses parents :"Sans
avoir véritablement de culture musicale, mes parents étaient
d'ardents mélomanes. Ils allaient fréquemment à
l'opéra, et possédaient une petite collection de disques
classiques et de jazz. Ils ont eu la bonne idée de me faire écouter
de la musique dès ma plus petite enfance, et je crois que j'ai
dû entendre ces disques en boucle du matin au soir, ou presque
! La musique a donc vraiment baigné mon enfance, sans qu'il y
ait de musiciens à la maison. Parmi les disques classiques de
mes parents se trouvaient de la musique symphonique, mais aussi quelques
enregistrements de Kempff, Lipatti, Rubinstein, et j'ai donc été
sensibilisé très tôt au piano en particulier. Je
pense que c'est la raison pour laquelle, un peu avant mes 7 ans, j'ai
dit à mes parents que j'aimerais jouer du piano, ça me
semblait une chose tout à fait naturelle. Je n'ai jamais pratiqué,
ni même songé à pratiquer un autre instrument.
".
C'est sur un clavier...en papier que Philippe Bianconi a joué
ses premières gammes :"Lorsque j'ai dit que je souhaitais
jouer du piano, mes parents, ne sachant pas vraiment vers qui se tourner,
m'ont emmené chez une dame qui donnait des leçons dans
notre quartier (une assez bonne musicienne d'ailleurs). Nous n'avions
pas de piano à la maison évidemment, et pendant les quelques
semaines qu'il a fallu à mes parents pour réunir un peu
d'argent et acheter un petit Pleyel droit d'occasion, j'ai commencé
à travailler sur un clavier que cette dame avait dessiné
sur un grand morceau de papier ! Pendant quelques mois, elle m'a donné
les premiers rudiments de piano et de solfège".
Assez rapidement, ce professeur décelant chez Philippe Bianconi
quelques dons pour le piano, a la bienveillance de conseiller à
ses parents de l'inscrire au Conservatoire de Nice. C'est Madame Delbert-Février
qui lui donne alors des cours : "C'était vraiment une
grande dame et une pédagogue exceptionnelle. Elle avait été
l'élève de Marguerite Long et de Robert Casadesus et avait
commencé une carrière de soliste avant de se marier, d'avoir
des enfants et de se consacrer à l'enseignement. Elle m'a appris
à jouer du piano, mais surtout à faire de la musique.
Elle m'a appris à savoir m'écouter, respirer, l'amour
du beau phrasé, la recherche inlassable de la sonorité
juste, la pureté du style. C'était une femme réservée,
discrète (que d'aucuns trouvaient pas assez énergique),
mais c'était une nature ardente et elle était d'une exigence
incroyable. Elle ne vous lâchait pas tant qu'elle n'avait pas
obtenu ce qu'elle voulait, et ça pouvait être dur parfois
! Même lorsque j'étais encore dans les petites classes,
elle se débrouillait pour que j'assiste aux cours des "
grands " élèves, et j'absorbais véritablement
ces leçons sur le grand répertoire. Au moment des examens
ou des concours, juste avant que j'aille jouer, elle me prenait les
mains dans les siennes, me regardait droit dans les yeux et me disait
: " Maintenant, oublie tout ce que je t'ai dit, fais-toi plaisir
et sois heureux ! "Je n'ai jamais oublié cette phrase et
j'essaie de m'en souvenir parfois avant d'entrer en scène lorsque
le trac ou la pression sont un peu trop forts !"
Philippe Bianconi considère qu'il a été en quelque
sorte "l'objet d'une expérimentation " : "Pierre
Cochereau était directeur du Conservatoire de Nice à l'époque,
un directeur formidable, d'une grande envergure. Il a voulu prouver
que l'on n'était pas obligé de passer par le Conservatoire
de Paris pour réussir et il a misé sur moi. Après
mon prix, il a réussi à convaincre Madame Delbert-Février
et mes parents de commencer à me préparer à des
concours internationaux. Madame Delbert, qui était restée
en contact avec la famille Casadesus, m'a présenté à
Gaby Casadesus qui a accepté de me faire travailler. A 16 ans,
j'ai donc commencé à prendre des cours avec elle, et comme
j'allais encore au lycée à Nice, je venais régulièrement
à Paris pour prendre des leçons. Gaby Casadesus m'a énormément
apporté, elle a affiné et consolidé ma technique,
et elle m'a apporté sa propre expérience de soliste ainsi
que celle qu'elle avait eu en côtoyant son mari Robert. Mais je
n'étais pas dépaysé et je retrouvais un enseignement
dans la lignée de celui de Madame Delbert, dans le respect du
style, le travail sur la beauté de la ligne et du son."
Cependant Philippe Bianconi confie avoir ressenti quelques manques
à ne pas avoir été au Conservatoire de Paris :
" Ce qui m'a manqué c'est l'émulation, la stimulation
que l'on peut connaître au contact d'autres jeunes musiciens tout
aussi prêts à en découdre que vous. Et aussi ces
liens d'amitiés que l'on noue à ce moment-là et
qui durent parfois toute une vie. J'ai un peu souffert de cet isolement
pendant assez longtemps. Plus tard j'ai ressenti le besoin de travailler
avec quelqu'un d'autre, en dehors de l'école française
que j'avais connue jusque-là. Par des amis qui avaient fait un
stage avec lui, j'ai eu l'occasion de rencontrer Vitaly Margulis, un
russe originaire de Léningrad, qui vivait à Freiburg-im-Breisgau
à l'époque. Pendant quelques années j'ai fait le
voyage pour aller travailler avec lui à Fribourg. Ce qui m'a
surpris c'est que nous n'avons quasiment jamais fait de travail sur
ma technique qu'il trouvait suffisamment solide, à quelques détails
près. Il se concentrait plus sur l'ampleur du son et les ressources
nécessaires à cette ampleur, ainsi qu'un travail sur les
textures, et sur la grande architecture des oeuvres. Avec lui j'ai pu
aborder un répertoire plus lourd et c'est ce qui m'a permis de
pouvoir jouer les concertos de Brahms, Rachmaninov ou Prokofiev par
exemple. "
Dès
l'âge de douze ans Philippe Bianconi avait conscience que la musique
serait très importante dans sa vie, cependant il a continué
ses études générales et passé un bac scientifique
à 17 ans. "J'aurais probablement pu continuer des études
supérieures dans un domaine scientifique, mais je ne le souhaitais
pas, et c'est le concours des jeunesses musicales de Belgrade que j'ai
remporté trois mois après mon bac qui m'a décidé
(et a convaincu mes parents) d'arrêter et de me consacrer à
la musique.". Philippe Bianconi remporte en effet le Premier
prix de ce concours en 1977 :"C'est André Peyrègne,
qui allait bientôt remplacer Pierre Cochereau à la direction
du Conservatoire de Nice, et faisait partie des Jeunesses Musicales
de France, qui m'a convaincu de me présenter au concours. J'en
garde encore un souvenir très ému, je ne pensais pas du
tout que j'allais gagner et j'ai été le premier surpris.
J'étais le plus jeune concurrent et je me souviens de l'accueil
très chaleureux des belgradois qui m'entouraient de leur gentillesse
et de leurs attentions. Et puis, c'était la première fois
que j'allais dans un pays d'Europe de l'Est, ce qui était quand
même une expérience à l'époque. C'est grâce
à ce concours que j'ai donné mes premiers concerts professionnels.
Les jeunesses musicales étaient très actives à
l'époque et j'ai fait des tournées en France mais aussi
en Italie, en Autriche, au Danemark et dans plusieurs pays d'Europe
de l'est. Il y avait des concerts scolaires bien sûr, mais surtout
de vrais concerts, parfois dans des grandes salles. Ce concours m'a
vraiment mis le pied à l'étrier."
Philippe Bianconi remporte par la suite le Concours International
Robert Casadesus à Cleveland en 1981 et la médaille d'argent
au Concours Van Cliburn en 1985 :" Le Concours Casadesus m'a
permis de mettre un pied au Etats-Unis, et de commencer à donne
des concerts là-bas, mais c'est vraiment le concours Van Cliburn
qui m'a lancé outre-atlantique. Il fait partie des très
grands concours (même si son impact est plus limité en
Europe que Chopin, Tchaikovsky ou Reine Elisabeth), et surtout il offre
aux lauréats un très grand nombre d'engagements. Avec
ma médaille d'argent j'ai eu beaucoup plus de concerts qu'avec
un premier prix dans n'importe quel autre concours. Dois-je le regretter
? C'est un peu à cause de cela que pendant des années
j'ai joué essentiellement aux USA et peu ailleurs. Passer
des concours là-bas, c'était un choix et je l'ai assumé
pleinement, étant données les immenses possibilités
d'engagements qu'offrent les Etats-Unis. ".
Philippe Bianconi donne nombreux concerts dans le monde donnant nombreux
concerts en Amérique du Nord : New York, Washington, Chicago,
San Francisco, Philadelphie, Cleveland, Chicago, Pittsburgh, Atlanta,
Minnesota, Dallas, Saint-Louis...et se produit également à
Londres, Milan, Bruxelles, Berlin, Vienne, Paris... nombreuses salles
au sujet desquelles il confie : "Parmi les salles que j'aime
particulièrement, il y a Wigmore Hall à Londres, dont
j'adore l'acoustique exceptionnelle, l'atmosphère intimiste idéalement
adaptée aux récitals et à la musique de chambre
et cette vibration très particulière aux lieux vraiment
habités. Dans l'ensemble je dirai que j'aimerai pouvoir jouer
plus souvent en Angleterre et surtout en Allemagne et en Autriche, dont
les traditions et la vie musicales sont si riches. "
Si parallèlement à son activité de concertiste
Philippe Bianconi n'est actuellement pas professeur dans un conservatoire,
il a cependant enseigné très souvent :"Depuis
1994, je donne des cours presque tous les étés au Conservatoire
Américain de Fontainebleau, je donne également de temps
en temps quelques leçons en privé, et j'ai eu beaucoup
d'occasions, notamment aux USA, de donner des master classes. Pour l'instant,
je n'envisage pas d'enseigner de manière régulière
dans un conservatoire, mais cela n'est pas exclu pour l'avenir. La transmission
est une chose très noble, mais il faut aussi se sentir assez
fort et assez mûr pour l'assumer. "
Dans les mois à venir Philippe Bianconi donnera nombreux récitals
en France : à Saint-Tropez le 10 novembre 2007, à Angoulême
dans le cadre du festival Piano en Valois le 18 novembre, à Lyon
Salle Molière le 1er décembre, sur la Scène Nationale
d'Evry le 15 décembre. En janvier 2008, il participera à
la série de musique de chambre " Prades aux Champs-Elysées
" les 23, 25 et 26 janvier, puis jouera le 3e Concerto de Prokofiev
dans sa ville natale avec l'Orchestre de Nice les 1er et 2 février
2008..."Tous ces concerts me tiennent à coeur, simplement
parce que j'ai tellement peu joué en France pendant des années,
que je savoure maintenant toutes les occasions que j'ai de jouer dans
notre pays ! Sinon, je suis très honoré d'avoir été
invité à participer le 4 novembre prochain au 125e anniversaire
de l'Orchestre Philharmonique de Berlin. Je ne jouerai pas de concerto,
mais je participerai à une grande journée de musique de
chambre à la Philharmonie, avec des musiciens de l'orchestre,
pour jouer du Brahms. En avril prochain, ce sera à Wigmore Hall
à Londres, où j'ai été invité à
faire de la musique de chambre, cette fois avec des musiciens du London
Philharmonic. J'adore ces occasions de faire de la musique avec des
gens formidables, de haut niveau, qui n'ont pas souvent la possibilité
de jouer en solistes, et qui donnent le meilleur d'eux-mêmes lors
de ces concerts. J'attends aussi avec impatience des concerts que je
dois donner cette saison aux Pays-Bas avec le merveilleux violoncelliste
Xavier Phillips. En dehors de cela, je retournerai plusieurs fois aux
USA et au Canada, pour ne pas perdre les bonnes vieilles habitudes !"
Son répertoire, son interprétation...
Philippe Bianconi, qui a récemment sorti une intégrale
des oeuvres de Ravel, a été très tôt attiré
par l'univers ravélien :" Lorsque j'étais encore
dans les petites classes à Nice et que j'assistais aux cours
des " grands " élèves, j'ai entendu travailler
Ondine et Scarbo, et je me souviens du choc et de l'émotion que
cela a été pour moi. J'étais émerveillé
et ému par la magie, les miroitements, le scintillement d'Ondine,
et fasciné et terrifié par les difficultés et le
caractère diabolique de Scarbo. Intérieurement, je me
jurais que je jouerais un jour cette musique merveilleuse ! Plus tard,
j'ai eu la chance de travailler avec Gaby Casadesus qui faisait alors
partie des quelques personnes encore vivantes, comme Vlado Perlemuter,
ayant connu et travaillé avec Ravel. Tout ce qu'elle me disait
venait directement de lui et j'avais la sensation de recueillir un héritage
inestimable. Pour moi Ravel est un grand magicien, et je crois qu'il
fait partie des compositeurs très difficiles à interpréter.
Je pense souvent à sa boutade : " N'interprétez pas
ma musique, contentez-vous de la jouer ". La formule est un peu
brutale, mais il ne faut jamais l'oublier. Ce qui est difficile, c'est
de parvenir à une liberté, à une intensité
d'expression, à une grande sensualité et une grande naïveté
à la fois, tout cela dans des limites relativement strictes.
Il est très facile d'en donner des interprétations saisissantes
en distordant le texte, en exagérant les effets. L'enjeu consiste
à bouleverser l'auditeur et à approcher au plus près
du mystère ravélien, tout en restant très fidèle
au texte. Je m'y efforce sans cesse mais je ne suis pas sûr du
tout d'y être parvenu."
Philippe
Bianconi a aussi une grande passion pour un autre compositeur français,
Debussy et nombreux compositeurs romantiques allemands : "J'ai
toujours beaucoup aimé Debussy, sans toujours bien le comprendre,
mais plus j'avance et plus je vois en lui un des plus grands génies
de l'histoire de la musique. La place qu'il occupe dans l'évolution
de la musique au XXe siècle est capitale. J'ai parlé du
mystère ravélien, mais je crois que celui de Debussy est
encore plus insondable. C'est sa part d'ombre qui me fascine et me bouleverse
surtout, mais ses trouvailles de timbre et sa conception nouvelle du
temps musical sont à la foi un défi pour les interprètes
et une source perpétuelle d'émerveillement. Sinon, je
dois dire que mon vrai jardin secret (enfin pas si secret après
tout...), je le cultive auprès des romantiques allemands, ou
disons germaniques. C'est la musique de Schubert, Schumann et Brahms
qui me fait vibrer au plus profond et qui résonne en moi de la
manière la plus forte et la plus intime à la fois. Evidemment
pour moi, c'est peut-être Schumann qui est au coeur de cette triade.
A ce mélange de fantaisie, d'humour, d'exaltation, de rêve,
de passion, de dépression aussi, à tout ce qui caractérise
la littérature romantique allemande, Schumann a réussi
à donner une forme musicale absolument fulgurante, originale
et nouvelle. Avec cette folie qui affleure à chaque instant et
qui me bouleverse. Chez Brahms, on retrouve tout cela, mais suprêmement
coulé dans la forme " beethovenienne ", ce qui est
peut-être encore plus exaltant ! " Aussi à la
question de savoir à quel compositeur il aimerait consacré
ses prochains disques il répond sans hésitation : "J'aimerais
beaucoup faire d'autres Schumann (sans parler de refaire certaines oeuvres
que j'ai déjà enregistrées !), des Brahms (notamment
les opus tardifs) et du Debussy."
Passionné de musique de chambre, Philippe Bianconi a notamment
beaucoup joué, et même enregistré un disque, avec
Gary Hoffman : " C'est un merveilleux violoncelliste. C'est
avant tout un vrai musicien, profond, engagé, passionné
qui joue avec une élégance rare et une sonorité
souveraine. Il a une expérience immense de la musique de chambre,
que je n'avais pas lorsque j'ai commencé à jouer avec
lui, et j'ai beaucoup appris à son contact.".
Il a également souvent joué avec le violoniste Tedi Papavrami
et vient d'enregistrer récemment avec lui les trois Sonates pour
violon et piano de Brahms à paraître bientôt chez
Aeon : "Avec lui, l'expérience a été
très différente. Tedi est plus jeune, et lorsque nous
avons commencé à jouer ensemble, nous étions aussi
peu expérimentés l'un que l'autre. Au fil des années,
nous avons mûri ensemble et nous avons développé
une vraie complicité. Et je suis heureux de voir que son jeu
s'est vraiment épanoui, il s'est ouvert, avec à la fois
une intériorité plus grande et une chaleur plus communicative,
et aussi une sonorité vraiment somptueuse. Nous avons
enregistré dans de très bonnes conditions à la
Chaux-de-Fond dans une salle à l'acoustique parfaite, avec un
piano superbe et un directeur artistique et preneur de son exceptionnel,
Jean-Martial Golaz. Je me réjouis beaucoup de la sortie de ce
disque. ".
Philippe Bianconi aime tout autant donner des récitals seul,
en musique de chambre ou avec orchestre et aurait du mal à se
passer de l'une de ces formes de musique :"Le récital
est merveilleux parce que l'on est seul maître à bord,
avec une extraordinaire sensation de liberté, mais on a aussi
tout le poids d'une soirée sur ses seules épaules, avec
par conséquent une pression très forte. La musique de
chambre, c'est le dialogue, l'écoute, l'échange et l'expérience
formidable de recréer ensemble quelque chose. Quant au concerto,
il procure cette ivresse extraordinaire d'être immergé
dans la masse orchestrale, en particulier dans les concertos "
symphoniques " qui sont ceux que je préfère. En même
temps j'essaie toujours de développer un dialogue chambriste
avec les divers groupes d'instruments ou les solistes au sein de l'orchestre"
Sur sa façon de travailler Philippe Bianconi confie : "J'ai
toujours rêvé de travailler d'une manière méthodique,
d'organiser mon travail pour la journée, la semaine ou même
un planning sur le mois, sans jamais y parvenir ! En fait, je travaille
d'une manière un peu anarchique, selon les besoins et souvent
dans l'urgence. Ce qui fait alterner des périodes calmes et des
périodes de travail très intense, évidemment stressantes
! En général, j'essaie de comprendre de quoi est faite
une oeuvre, comment elle est construite, mais aussi de mettre à
jour les émotions qu'elle suscite en moi, et ensuite de mettre
en oeuvre tous les moyens pour communiquer au public cette émotion,
pour la lui faire partager, tout en restant au plus près du texte.
C'est le grand problème qui se pose à tout interprète
: il faut s'efforcer de ne pas détourner le texte à son
profit, mais en même temps, je ne peux faire abstraction du fait
que la forme que je vais donner à la musique passe forcément
par le prisme de ma sensibilité."
Quant à ce qui "nourrit" par ailleurs son interprétation
Philippe Bianconi indique :"J'ai une passion pour l'opéra
(que je dois en partie à mes parents), mais en prenant de l'âge,
mon répertoire de prédilection s'est singulièrement
rétréci (essentiellement Mozart, les grands Wagner, quelques
baroques, Moussorgski, Debussy...). J'ai toujours beaucoup aimé
le théâtre et la littérature et depuis quelques
années j'ai développé un vrai goût pour la
peinture et j'ai pu me faire dans ce domaine une petite culture que
je n'avais pas quand j'étais plus jeune. Dans mes voyages, j'essaie
maintenant de prendre du temps pour aller visiter des musées
ou des expositions, et cela me fait un bien fou au milieu du stress
des tournées ! Par ailleurs, j'ai eu l'occasion de faire récemment
deux voyages en Inde et j'ai eu la chance de visiter des sites exceptionnels,
où j'ai été absolument sidéré par
la beauté des sculptures et de l'architecture des temples anciens.
Je ne sais pas si tout cela est " utile " à mes interprétations,
mais il est évident que toute expérience artistique et
humaine vous enrichit intérieurement et émotionnellement,
et subit, peut-être malgré vous, une sorte de transmutation
quasi " alchimique " dans votre jeu."
Pianiste dont on peut mesurer toute la sensibilité musicale
dans son interprétation au jeu très contrasté,
Philippe Bianconi se révèle également une homme
d'une grande sensibilité et sincérité en confiant
pour terminer l'échange : "C'est un métier très
difficile, on est sans cesse assailli par le doute, les remises en questions,
on traverse des périodes de découragement, il m'est même
arrivé parfois de vouloir tout arrêter. En prenant de l'âge,
l'exigence se fait plus grande et cela n'arrange rien ! Mais il ne faut
jamais oublier que c'est un vrai privilège que de pouvoir redonner
vie à des oeuvres musicales, qui sans les interprètes
resteraient sur le papier, et de pouvoir partager cela avec les autres.
Et il faut, je crois, se montrer digne de ce privilège avec la
plus grande humilité et la plus grande sincérité
possibles."
Écouter Philippe Bianconi ...
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Johannes Brahms
les sonates pour violon et piano
Philippe Bianconi, piano
Tedi Papavrami, violon
Ce n'est pas seulement la coïncidence du programme de ce
disque avec le précédent disque du moment qu'il
faut relever tout d'abord dans ce disque, c'est aussi pour l'un
et l'autre de ces enregistrements la grande qualité sonore
de ces albums qui combleront tous ceux qui aiment la musique de
Brahms, le son des instruments si proche et naturel ici offert
leur donne une grande présence. Un tel souci d'avoir une
excellente qualité sonore laisse deviner qu'il serait évidemment
dommage de se procurer ces enregistrements sous forme de mp3 compressés
qui en atténueraient cette qualité, et bien d'autres,
comme c'est souvent le cas pour la musique classique et le jazz.
Comme l'indique Tedi Papavrami dans le livret, la qualité
d'un enregistrement dépend de tous les "artisans"
concourant à celui-ci, ainsi puisqu'il vient d'en être
question, l'oeuvre de l'ingénieur du son, en l'occurrence
Jean Martial Golaz, et il y a d'abord le compositeur qu'il place
en début de liste : "Le plus incontournable, Brahms,
demeure à la fois très présent et très
lointain. Aurions-nous apprécié sa poignée
de main ? son rire ? Aurions-nous été irrité
par sa voix , fascinés par son discours ? Impossible de
répondre, inversement à sa musique, elle, inscrite
dans notre chair, au point de constituer la couleur d'une grande
partie de nos vies, dans ce qu'elles ont de plus précieux."...
le compositeur et sa musique donc, à dissocier sans doute
l'un de l'autre...cliquez
ici pour lire la suite
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Ravel
Oeuvre pour piano
Philippe Bianconi
Plusieurs pianistes français ont enregistré ces
dernières années une intégrale de l'oeuvre
pour piano de Ravel, et il est amusant de constater qu'aucune
d'entre elle ne respecte l'ordre chronologique de la création
des pièces et que chacune d'ailleurs se distingue par un
ordre différent des pièces, on peut s'interroger
sur les choix respectifs de chacun des interprètes mais
pour ce qui concerne Philippe Bianconi il est probable que son
choix de "Jeux d'eaux" dans lesquels il emporte l'auditeur
dès le début de son intégrale n'est pas étranger
au fait qu'il se sente là parfaitement dans son élément
naturel, d'ailleurs à la question de savoir quelle est
sa pièce préférée (qui sera diffusée
ce mois d'octobre 2007 sur piano bleu) Philippe Bianconi répond
:" Le choix n'est pas facile mais si je devais choisir
une seule pièce je crois que ce serait Ondine. C'est sans
doute une des plus belles choses qui aient été écrites
pour le piano, avec cette sublime ligne mélodique, cette
poésie, ces irisations inouïes, ce frémissement
du son que Ravel réussit à obtenir. Et pour moi,
c'est toujours, des années après, le même
émerveillement ressenti à la découverte de
cette oeuvre lorsque j'étais enfant."...cliquez
ici pour lire la suite
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Découvrir et écouter des disques interprétés par Philippe Bianconi
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Et bientôt en concert
- Samedi 19 juin 2010. Solistes aux Serres d'Auteuil (Chopin-Schumann-Monnet-Lizst)
- Vendredi 30 juillet 2010. Les Nuits du Suquet à Cannes (Beethoven-Schumann-Chopin)
- Samedi 28 août 2010. Festival de l'Orangerie de Sceaux (Beethoven-Schumann-Chopin)
- Dimanche 24 octobre 2010. Rencontres Musicales en Artois (Schumann
- Liszt)
- Dimanche 7 novembre 2010. Concert avec l'Orchestre Philharmonique
de Monte Carlo et Yakov Kreizberg (2e de Rachmaninov)
- Lundi 15 novembre 2010. Amis de la Musique de Clermont-Ferrand ( Schumann
- Brahms)
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Agnès Jourdain
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