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Pierre Froment Schumann et Brahms

Schumann

Kreisleriana, op.16
Davidsbündlertänze, op.6
Novelette n°8, op.21

Brahms

Fantasien op.116
Intermezzi op.117
Klavierstücke op.118
Klavierstücke op.119

Pierre Froment, piano

Ces deux disques enregistrés entre 2006 et 2008 ont été réalisés par un label rennais, Forgotten Records. Celui-ci se propose de mettre à la disposition des mélomanes des enregistrements devenus inaccessibles et de laisser mémoire de l'interprétation de musiciens du passé. Dans son travail de recherche, il a ainsi fait surgir de l'oubli des disques de Jacqueline Eymar, Albert Ferber aujourd'hui disparus… et ceux d'un pianiste heureusement toujours parmi nous : Pierre Froment.
Né en 1937, Pierre Froment a été élève au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, où il a obtenu cinq premiers prix. Il a suivi pendant plusieurs années l'enseignement d'Alfred Cortot, en Suisse et à Paris et a donné des concerts dans plusieurs pays d'Europe et en particulier en Allemagne. Il a fait une longue carrière de pédagogue, enseignant à l'Ecole Normale de Musique de Paris, au Conservatoire d'Angers et au Conservatoire de Rennes, où, en collaboration avec son épouse, Eliane Froment, il a formé des générations d'élèves parmi lesquels Romain Hervé et Vanessa Wagner.
L'idée lui est venue, de reprendre une série d'enregistrements et de graver la majeure partie du répertoire qui l'accompagnait depuis plusieurs décennies. Lors d'une rencontre, Pierre Froment a bien voulu raconter comment il a vécu ce projet original et partager ses motivations qui l'ont conduit à relever un tel défi. Défi effectivement que ce pianiste, qui ne refuse pas la prise de risques dans ses interprétations, à l'instar de son maître Alfred Cortot, relève ici avec talent, dans un élan musical captivant, porté, comme il nous le confie, par l'amour de sa femme aujourd'hui disparue.
Pourquoi avez-vous choisi précisément d'enregistrer aujourd'hui ces oeuvres de Schumann et Brahms ?
En fait il y aura dix disques à paraître chez Forgotten Records, certains sont des enregistrements anciens pris en concert entre 1970 et 1987 notamment le Carnaval et les Etudes symphoniques de Schumann, les Ballades de Chopin… On s'étonnera peut-être de certaines interprétations, assez loin parfois de l'esprit des temps actuels et qui me surprennent moi-même sans que je les désavoue. Elles marquent mon appartenance à un passé où vécurent les enchanteurs de ma jeunesse. Cependant, le temps présent demeure aussi ma patrie, aussi ai-je souhaité réaliser de nouveaux enregistrements des œuvres de Schumann, Chopin et Brahms. Certains de mes enregistrements passés ne correspondent plus à l'idée que je me fais actuellement des œuvres. Et si nous parlons d'esthétique pianistique, il y avait, par exemple, trop de décalage entre la main droite et la main gauche et parfois un rubato excessif, chose qui se faisait beaucoup au temps de Cortot mais plus aujourd'hui. Cette conception pourrait cependant être défendue à condition de s'inscrire dans une certaine esthétique.
Pour ce qui concerne les œuvres enregistrées sur ces deux disques, elles représentent pour moi la forêt du romantisme allemand dans toute sa splendeur. C'est l'un des aspects auquel m'a rendu particulièrement sensible Alfred Cortot. Je n'ai travaillé avec lui que Schumann et d'ailleurs je ne connais aucun enregistrement de Brahms réalisé par lui, question peut-être de génération. Je n'ai découvert Brahms que par Kempff. J'ai travaillé la plupart des oeuvres de ces disques depuis ma jeunesse, depuis mes études au Conservatoire de Paris, et j'ai eu l'occasion de les jouer en concert dans les années soixante dix, en Allemagne notamment. Toutefois je n'ai abordé certaines de ces pièces, comme l'opus 116, qu'à l'occasion de cet enregistrement, en 2007. Lorsqu'on est bien imprégné d'un style, le fait d'avoir ou non joué une page particulière n'a pas d'importance capitale : c'est comme si on l'avait jouée et on y entre tout naturellement . Les Davidsbündlertänze constituent l'un des cycles les plus riches et des plus émouvants, assurément, parmi les grands cycles schumanniens. On peut en dire autant des Kreisleriana que Schumann avait dédiées à Chopin, même si elles s'adressent, bien sûr, à Clara. Elles sont, au fond, un autoportrait psychologique de Schumann signé des deux personnages fictifs de l'âge du compositeur et qui représentent les deux aspects principaux de sa personnalité : Florestan et Eusebius. Eusebius, rêveur, tendre, un peu indolent, Florestan, passionné, emporté, sujet aussi à des langueurs. Schumann est, avec Liszt, un compositeur que j'aurai aimé connaître. Sur un plan musical, j'aurai souhaité savoir quel esprit il voulait que l'on donne à sa musique, notamment à propos du Carnaval et des Davidsbündlertänze, cela m'aurait passionné et pour ce qui est des Etudes symphoniques, je lui aurai demandé s'il était d'accord pour qu'on intercale les Etudes posthumes et de quelle façon.

J'ai surtout joué en concert l'opus 118 de Brahms que j'ai découvert sous les doigts de Kempff dans les années cinquante. Cet opus aux six pièces si différentes contient des chants absolument magnifiques. L'amour dans la seconde pièce est plus spiritualisé alors qu'il est d'un caractère plus pastoral dans la romance, il y a de l'héroïsme dans la Ballade, l'expression d'une légende. La dernière pièce traduit quant à elle le summum de la solitude et de la tristesse humaine avec également un souvenir d'héroïsme, comme une vision. L'opus 116 est celui qui contient le plus de mystère et d'énigme. Composée dans une période où Brahms était malade, cette oeuvre contient le plus de "sphinx musicaux ". L'opus 117 offre, quant à lui, le plus de lyrisme, le plus de chant notamment dans cette berceuse pleine de confiance qui le débute. Il ne faut pas oublier que ces oeuvres ont été écrites à la fin de la vie de Brahms et il est curieux que l'opus 119 se termine par une rapsodie qui rappelle le début de la production de Brahms alors qu'au contraire elle débute par une pièce très étrange harmoniquement. Brahms demandait qu'on la joue très lentement de manière à ce que toutes les modulations et agencements harmoniques soient perceptibles.
Comment avez-vous travaillé plus particulièrement ces oeuvres pour l'enregistrement ?

J'ai commencé bien sûr par déchiffrer, mais tout change si on a déjà l'œuvre dans l'oreille intérieure, c'est beaucoup plus simple ensuite, tout est question de vitesse d'assimilation, et dans ce style là j'assimile vite. Il existe en fait trois mémoires : la mémoire musicale, la mémoire gestuelle et la mémoire visuelle. Pour ma part, je ne me sers pas de cette dernière : j'ai une bonne mémoire musicale , et en général je joue sans partition, je préfère jouer par cœur car, à mon avis, il y a moins de dégagement lorsqu'on joue avec une partition. Les enregistrements ont été faits sur plusieurs séances qui ont eu lieu de 2006 à 2008 ; ma femme qui s'est enthousiasmée pour ce projet, n'a cessé de m'encourager à le mener à son terme. C'étaient pour moi des temps heureux : après nos séances, je retrouvais Eliane à la maison, impatiente de savoir les résultats de nos travaux. Lorsque je rapportais une maquette de disque, nous l'écoutions au salon dès le dîner fini : c'était un immense bonheur. Et puis, en plein été 2007, est venu le terrible diagnostic qui laissait peu d'espoir quant à la survie de mon épouse bien-aimée ; ce fut, après l'opération et une convalescence désespérante, un long hiver d'espérance, avant la brutale rechute, et les derniers temps de ma femme en ce monde. Dans l'immense désarroi où m'a laissé son départ, seul j'aurais sans doute abandonné l'entreprise… Si je la poursuis, c'est avant tout pour elle. C'est pour moi un acte d'amour.
Qu'est-ce qui vous tient le plus à cœur dans votre interprétation de ces œuvres ?
C'est de faire cohabiter, selon l'exigence du texte, le don de soi , la technique souvent, l'élan et en même temps le retour vers une intériorité qui est souvent porteuse d'amour chez ces deux compositeurs. Ceci avec toute l'imagination du moment, ce qui fait que pour le même interprète deux interprétations ne devraient jamais être tout à fait semblables. Si elles l'étaient, cela voudrait dire que tout a été calculé et prémédité avant, or c'est incompatible avec ces deux compositeurs là, il faut recréer à chaque fois. Plus précisément concernant ces œuvres : pour moi les Davidsbündlertänze constituent un grand cycle fait de pièces courtes mais qui se doit absolument de garder une unité et ne doit pas être joué comme une suite de pièces détachées, le silence entre celles-ci ne doit pas être égal : certaines demandent même de s'enchaîner sans silence . Les Kreisleriana sont pour moi une œuvre naturellement " lancée " , il faut absolument que les Kreisleriana débutent par un élan initial et les pièces rêveuses ne doivent pas être éteintes mais chantées, ainsi que d'ailleurs me l'avait conseillé Alfred Cortot. Au fond c'est un plein d'amour qui ressort dans ces chants.
Quel est le souvenir le plus important que vous gardez d'Alfred Cortot ?
Je l'ai connu à partir de 1949 et j'ai suivi ses sessions de formation d'un mois chacune, deux fois par an jusqu'à sa disparition en 1962. J'ai été marqué par la liberté de son phrasé , la qualité du son et la plastique de la main qui obtenait cette qualité du son. Après avoir fait jouer l'élève au piano, il donnait des exemples en commentant avec sa voix magnifique, et ce qu'il disait était extrêmement poétique, il faisait beaucoup de métaphores que je trouvais très inspirées et il m'en est aussi resté quelque chose tout au long de ma vie et j'ai transmis une partie de cela à mes élèves. Il avait des raccourcis parfois fulgurants : je l'ai entendu à l'âge de 80 ans, après le lancement du premier Spoutnik, utiliser cette idée géniale de la pulsion d'une fusée qui libère ensuite un corps pour le mettre en gravitation autour de la terre pour figurer le lancer de la fugue de la sonate op. 106 de Beethoven et c'est exactement ce qui se passe, parce qu'après, la fugue se met à graviter et il ne faut plus y toucher. Cela me semble beaucoup plus intéressant que la simple analyse technique des œuvres. A mon avis, cette analyse n'a aucun intérêt si elle n'est pas précédée de l'amour d'une oeuvre. Cortot était aussi pour moi un lien avec le 19ème siècle, le siècle de Chopin. Il encourageait la prise de risque comme, par exemple, pour le Carnaval de Schumann et préférait une fausse note à une prudence parfaite. Peut-être est-ce ce qui manque parfois aux pianistes d'aujourd'hui qui jouent très bien certes, mais sans prendre de risques et par là, trop uniformément.
Pour écouter
Schumann
Kreisleriana, Ausserst bewegt
interprété par Pierre Froment
avec l'aimable autorisation du label Forgotten Records
cliquez sur le triangle du lecteur ci-dessous

Pour écouter
Brahms
Intermezzi op 117, andante moderato
interprété par Pierre Froment
avec l'aimable autorisation du label Forgotten Records
cliquez sur le triangle du lecteur ci-dessous

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