Road 66 Shani Diluka Piano

Nouveau ce disque, très apprécié des internautes de pianobleu.com fait parti des "Disques de l'été 2014"

Road 66
Shani Diluka, piano
avec la participation de Natalie Dessay
Disque officiel de la Folle journée de Nantes

C'est à la pianiste Shani Diluka, qui participe depuis nombreuses années à la Folle journée de Nantes, qu'il est revenu cette année d'être en quelque sorte l'ambassadrice de cette édition dont le thème est "Le nouveau monde ou l'Amérique", avec la publication de ce disque, sous le label Mirare. Un album dont elle a eu l'entière liberté de choisir le programme, ainsi l'explique-t-elle à l'occasion d'un nouvel entretien à lire ci-dessous.

Ce programme s'avère très original, et Shani Diluka , qui nous a jusqu'à présent mené dans de belles pages du répertoire classique européen, un très beau voyage musical qui se prolonge au-delà des limites du vaste continent américain... Il faut dire qu'elle l'a encore soigneusement élaboré, non pas en se basant sur une carte géographique, mais toujours en passionnée de littérature, en suivant cette fois les traces de Jack Kerouac, dans son livre "La route", un auteur connu comme l'un des fondateurs de la "Beat Generation" , mouvement littéraire et artistique né dans les années 50 aux États-Unis.
Puisque la Folle Journée se tient à Nantes sachez aussi, à titre anecdotique, que Jack Kerouac( 1922-1969), qui est né dans le Massachussets, est issu d'une famille de Québécois mais aux ancêtres originaires de Bretagne, ainsi était-il revenu, plus tard, sur les traces de ses ancêtres bretons, lors d'un voyage en 1965 , où il avait parcouru cette fois les routes de Bretagne.
Ce n'est donc pas sur les routes de Bretagne, mais sur la célèbre "Road 66", une route mythique américaine qui joignait Chicago (Illinois) à Los Angeles (Californie) entre les années 1926 et 1985, que nous conduit cet enregistrement. Sa sonorité particulièrement douce et le rythme lent, du début à la fin, nous transportent en fait au-delà de cet espace et de ces années, notamment en croisant l'amérique latine et en rappelant le drame du 11 septembre 2001. Il nous plonge aussi dans un rêve américain, un vaste espace musical sans frontière sonore et multisensoriel qui laisse imaginer à la fois sa douceur de vivre , sa nostalgie , ses douleurs et ses espoirs.
Dans le livret, chacun des titres est introduit par un extrait de " La route" , à l'image de ce que Shani Diluka avait pu réaliser auparavant dans l'album " Romances sans paroles " de Mendelssohn en associant à chacune des dix "Romances sans paroles" un vers issu d'autres "Romances sans paroles" écrites par Verlaine, elle rapporte ainsi chaque pièce à une sensation.
Le programme ici est , non pas romantique, mais d'une grande sérénité zen, et le jazz qui y est naturellement présent, ne porte certes pas au swing, ainsi le tendre " My Wild Irish rose" de Keith Jarrett, en fait issu d'un chant traditionnel , et la célèbre " Waltz for Debby" et "Piece for love" de Bill Evans, que Shani Diluka s'approprie merveilleusement, créant avec cette multitude de petites pièces d'inspiration pourtant très hétérogène : "de l'avant garde répétitive et minimaliste aux prémices de la musique électro, de l'avènement de Woodstock vers les contrées du blues et de l'Amérique latine, sans oublier l'histoire contemporaine marquée à jamais par le drame du 11 septembre", ( dix-huit au total), un très bel univers sonore homogène et unique , et dont la beauté permet d'entrevoir aussi 'l'infiniment grand dans l'infiniment petit " et nous emmène donc "Des canyons aux étoiles" comme le propose aussi cette édition de la Folle journée.
Vous pourrez écouter plus bas dans cette page une pièce d'une compositrice américaine peu connue : Amy Beach (1867-1944)- " Young Birches", pièce à laquelle elle a associé cet extrait : "... j'ai regardé les troncs d'arbres flottants , depuis le Montana au Nord- dans l'odyssée de notre rêve à l'échelle du continent".
Ce disque est le disque officiel de la folle journée 2014 , et vous donnerez nombreux concerts à cette occasion , comment vivez-vous le fait d’avoir cette place d’honneur ?
C'est effectivement un grande joie pour moi et un honneur de représenter ainsi la Folle Journée, de plus sur un disque très personnel car René Martin et Mirare m'ont donné entière liberté. Le partager en concert et au sein d'une telle manifestation est un grand privilège.
Votre disque a une ambiance très zen et d’ailleurs vous indiquez en début du livret : « Entre l’incandescence de la vie et le zen bouddhiste, il n’y a qu’un infime pas... »…Est-ce une philosophie qui vous tient particulièrement à cœur et que vous ressentez particulièrement dans la musique américaine que vous avez sélectionné ?
Je n'ai en rien voulu mettre en avant ce coté personnel de ma culture orientale, de fait, Kerouac en parle expressément dans sa quête existentielle. Le bouddhisme et toute sortes de philosophies ont en effet nourri la beat generation dans cette Amérique pré "Woodstock" qui se posait beaucoup de question sur le sens de l'existence. Dans cette culture de recherche d'harmonie, les philosophies orientales, et en l'occurrence le bouddhisme étaient très présentes.
Inconsciemment, cette musique et l'écriture de Kerouac ont résonné en moi notamment par cette dimension. Mais la dimension de l 'existence et de la quête du soi est la plus importante, quelque soit la spiritualité, liée à "l'incandescence de la vie."
Ce disque vous conduit vers de nouveaux horizons et vous expliquez être partie du livre "La route" de Jack Kerouac dont vous liez des extraits à chacun des morceaux , mais qu’est-ce qui vous a guidé précisément tant vers ce livre que vers ces œuvres d’une quinzaine de compositeurs américains , on imagine une longue route aussi pour vous ?
L'inspiration première pour moi est la richesse de l'Amérique: cette pluriculturalité : sa musique est le fruit de sa diversité et pour moi une longue quête de partitions.
J'ai lu tout ce qui étai possible ou presque autour de compositeurs qui me touchaient et me passionnaient. Nous emmenant ainsi de l'avant garde répétitive aux prémices de la musique électro, de l'avènement de Woodstock à sa pluriculturalité qui enfanta entre autre le jazz, devenue une identité musicale forte et indispensable.
J'ai ainsi élaboré ce programme "Road 66" en fantasmant l'idée d'une longue route : la mythique « route 66 » comme un parcours précis traversant les Etats-Unis géographiquement et surtout musicalement. A la quête physique et spirituelle de ses grands espaces et en rentrant dans un parcours hypnotique et contemplatif, ce disque nous amène ainsi de la musique minimaliste et méditative de John Adams, John Cage ou Philip Glass, en passant par la découverte de compositeurs inédits, comme Amy Beach compositrice de génie ou Percy Grainger devenu américain par vocation, ou la création mondiale de Hyung-ki Joo qui composa « Chandeliers » à New York après le drame du 11 septembre, ou encore la filiation passionnante entre Bernstein, Copland et Ginastera son élève à Tanglewood et inévitable influence sud américaine, le lien intime entre Gershwin et le Jazz qui inspira Bill Evans ou Keith Jarrett, et la présence exceptionnelle de Natalie Dessay dans un version et création inédite de Cole Porter composée spécialement pour ce disque...
Il s’agit donc d’un itinéraire historique, géographique et sensoriel non exhaustif, aux enchaînements précis et étudiés, et surtout d'une méditation sur ce vaste et dense pays, le tout inspiré par la philosophie de la « beat generation » et par le flot musical des mots de Jack Kerouac , essence de son roman « Sur la route », dont chaque morceau est ponctué.. La phrase symbolique de ce parcours est tiré des mots de Kerouac : "A l’est de ma jeunesse... A l’ouest de mon avenir"...
Le livre de Kerouac a ainsi réuni ce parcours dans le sceau de l'intimité dans l'universel.
En relisant maintes fois ce livre, les passages choisis m'ont paru évident, parfois plusieurs passages pour le même morceau.
Mais chaque oeuvre a été pour moi un coup de foudre et des oeuvres peu jouées, parfois inconnues...
C'est aussi le privilège du disque, partager ces découvertes comme Amy Beach ou Percy Grainger ou Joo ou encore les Jazz de Keith Jarrett avec le public de la façon la plus intime..
Dans ce parcours votre enregistrement de "Chandeliers " de Hyung-Ki Joo semble une première création mondiale ... est-ce bien le cas ?
La pièce de Hyung Ki Joo est en effet un première mondiale. Cette oeuvre a été une évidence dans l'histoire de ce pays, et le prolongement musical de cette "route".
J'étais heureuse et honorée de recevoir cette partition qui était tout à fait dans cette ambiance méditative parfois douloureuse du disque.
Certaines de ces œuvres vous ramènent-elles plus particulièrement à certains compositeurs « classiques » que vous aviez l’habitude de jouer ?
Que ce soit Gershwin, Bernstein, Copland ou Barber, il est évident que leur lien avec le classique est fondamentale.
Cependant, ils ont aussi prouvé que les passerelles vers le jazz ou Broadway sont aussi le reflet d'une musique ouverte et à l'écoute de sa culture, par le Jazz mais aussi par le folklore.
C'est aussi ainsi que Schubert ou Beethoven s'inspiraient eux même de la culture ambiante et populaire d'un pays. La musique s'écoute ainsi avec diverses dimensions.
Vous franchissez la frontière du jazz à plusieurs reprises avec Bill Evans, Cole porter, Keith Jarrett… est-ce une musique que vous écoutiez souvent auparavant également ou bien ce « voyage » a-t-il été une occasion de prendre le temps de l’écouter avec plus d’attention et comment avez-vous abordé le fait de jouer cette musique habituellement improvisée ?
C'est une musique que j'écoute depuis toujours, comme l'album "The Melody at night" de Keith Jarrett. Ces mêmes jazzmen se sont aventurés dans le classique (Keith Jarret dans Mozart ou Oscar Peterson qui jouaient les études de Chopin). Je jouais ces morceaux pour mon plaisir et pu après maintes recherches trouver des partitions et les retranscrire d'oreilles... Ce sont des petits moments de grâce que j'ai voulu partager à nouveau avec ce disque.
De plus, Kerouac parle sans cesse de jazz mais aussi mentionne Beethoven ! Tout est possible si le sens est profond... c'est ainsi dans la musique également.
C'est aussi une manière de s'ouvrir l'esprit et les oreilles. d'ailleurs grand nombre de mélomanes classiques écoutent également le Jazz. Toutes les musiques sont belles quand elles sont grandes.
Natalie Dessay offre sa présence exceptionnelle dans un titre de Cole Porter arrangé par Arnaud Merlin, que pensez-vous plus particulièrement de cette chanson et de l’œuvre de Cole Porter ?
C'est un cadeau immense que Natalie Dessay m'a fait dans ce disque. Tout cela est né de nos collaborations en classique et de soirs ou nous écoutions ensemble du Jazz... Un soir sur la baie de San Francisco , nous nous sommes retrouvées dans un bar en plein coucher de soleil avec un groupe de Jazz jouant... De ce moment est né l'idée d'un ballade inédite, sur une chanson que Natalie Dessay a choisi." What is this thing called love", reprise par multiples artistes telles que Ella Fitzgerald ou Billy Holiday. Mais ici, c'est un arrangement inédit en forme de ballade extatique, écrite par Raphaël Merlin,violoncelliste du quatuor Ebène, grand compositeur, arrangeur et également jazzman ! Ce titre est donc né dans l'amitié et l'amour du jazz, il était naturel que je clos ce disque avec cette immense artiste.

Pour écouter

Amy Beach
Young Birches
Shani Diluka, piano
avec l'aimable autorisation
du label
Mirare
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