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Jonathan Benichou Alexandre Scriabine

Alexandre Scriabine(1872-1915)

Sonate n°3 en fa dièse mineur, op. 23 (1897)
Etudes op. 42
n° 4 en fa dièse majeur (1903)
n° 5 en ut dièse mineur (1903)
Sonate n°5 en fa dièse majeur op.53(1907)
Etudes op. 8
n° 11 en si bémol mineur (1894)
n° 12 en ré dièse mineur (1895)
Sonate n°10 op. 70 (1913)
Etudes, op. 65
n° 2 (1912)
n° 3 (1912)
Vers la flamme, op. 72 (1914)

Jonathan Benichou

Le pianiste Jonathan Benichou qui a suivi des études de piano auprès de grands pédagogues russes et dont la mère à des origines ukrainiennes a choisi un programme du compositeur russe Scriabine pour son premier disque, mais ces réponses aux questions qui lui ont été posées par  pianobleu.com à l'occasion de la sortie de ce disque montrent que son choix repose sur nombreux autres critères que celui de la simple nationalité. Ce compositeur se distingue d'ailleurs de ses contemporains de même nationalité : Rachmaninov, Medtner et Prokofiev, par son univers sonore original fruit à la fois de sa pensée musicale et de sa pensée ésotérique indissociables. Le musicologue Boris de Schloezer a distingué trois périodes dans l'évolution de cet univers : la première jusqu'en 1902 regroupe les oeuvres dites "de jeunesse" (op.1 à op.29), dans l'héritage de Chopin et Liszt, la deuxième(de 1903 à 1910) regroupe les op.30 à 59, d'inspiration plus wagnérienne où se marque désormais l'intérêt de Scriabine pour une oeuvre inspirée par des idées littéraires voire philosophiques,enfin lors de la troisième période Scriabine découvrit la théosophie et chercha à donner une dimension spirituelle et métaphysique à son œuvre, se passionnant pour la théorie des correspondances universelles "Tout est dans tout" et plus particulièrement des rapports entre couleurs et sons. Les préoccupations mystico-philosophiques de Scriabine étaient donc bien éloignées de celles de ses confrères. Jonathan Benichou qui a choisit de faire découvrir cet univers original dans un ordre quasi chronologique en offre une interprétation sensible conduisant en fait à faire perdre à son auditeur toute notion de temps.
Que représente Scriabine dans votre répertoire ?
J’ai une passion intérieure pour sa musique ancrée en moi, sa musique me relie à celle de mes origines, l’attraction culturelle pour le goût français de la Russie de l’époque est peut-être l’une des causes de l’engouement français du compositeur, ses annotations sont fréquemment écrites en français comme par exemple "avec un ravissement ailé" ou bien "avec une langueur naissante" , ces sonorités évoquent l’impressionnisme et cet un aspect que j’aime aussi à souligner même si au fond, on ne peut la classer dans aucune catégorie. En revanche, dans mon répertoire, Scriabine est pour moi un compositeur que je ne cesserai d’approfondir dans mon exploration des œuvres de grands compositeurs, sa dimension orchestrale est la manifestation d’une vision universelle.
Que pensez-vous des trois différentes périodes d'écriture de Scriabine, avez-vous une préférence pour l'une d'elle ?
J'ai une prédilection pour la dernière période de son écriture qui recèle tant de mystère et de chemin nouveau. Scriabine est dépositaire de nombreuses influences certes mais rompt définitivement avec toute appartenance dans cette phase ultime et la dixième sonate est comme exemple sans tonalité, c'est l'invention d'un nouveau mode.
Les périodes de jeunesse et intermédiaire ne sont pas moins intéressantes, il y a bien sûr comme chacun le sait les marques de Chopin, Liszt, Schumann mais toujours avec cette fièvre embryonnaire qui est en lui et qui se révélera complètement, totalement, dès la période intermédiaire et à la 3ème phase de son cheminement. D'ailleurs, il ébaucha une vision d'une œuvre totale qui reste inachevée reliant, sonorité, parfum, couleurs dans l'acte préalable.


Vous annoncez dans "le mot de l'interprète " qui figure dans le livret avoir "voulu poursuivre une logique particulière dans l'ordre chronologique, chacune des trois sonates étant accompagnées de ses deux études, l'une lente et méditative, la seconde passionnée et fougueuse", pourtant vous avez fait suivre la sonate n°5 d'études antérieures plutôt que de faire suivre chaque sonate des études de la même période, pourquoi ?
C'est une bonne question, pour des raisons personnelles, j'ai préféré inverser l'ordre de ses études car l'impact que procure l'étude op.8 n12 me semble plus percutant et plus accessible que l'op.42 qui n'en n'est pas moins une œuvre de génie. Dans ce sens, j'ai préféré terminer par l'op.8 avant d'entrer dans la dixième sonate, dernière phase plus ésotérique.

Que pensez-vous des indications psychologiques que Scriabine a indiquées sur ses œuvres ?
Elles sont profondément emprises d'une grande spiritualité. Pour lui, la musique était vibration, cela commence là, dans un frémissement et ses annotations ne sont rien d'autres que la traduction verbale du contenu de sa musique afin peut-être de permettre à l'interprète de pénétrer ce sens caché qu'il faut tenter d'extirper au fond de l'abîme qu'est la partition.

Vous indiquez également dans le livret que vous voyez un message révolutionnaire dans chacune des œuvres. Pouvez-vous préciser votre point de vue quant à ce message ?
La révolution est un des thèmes phare propre au langage de Scriabine puisque la recherche de l'extase se retrouve dans chacune de ses pages de manière voilée parfois et par cela la rend encore plus présente. Mais pourquoi l'extase et la révolution ont-elles quelque chose en commun ? L'acte créateur est une révolution dans le sens où sa musique est emplie d'audace qui ne cherche aucunement la séduction et la beauté toute faite. La brutalité des éléments et l'innovation de ses sonorités démontrent combien l'art peut passer par une forme de non esthétisme, par exemple le tout début de la cinquième sonate, chaotique, furieux, qui vu de près paraît excessivement dur mais en fait n'en est pas moins beau par son authenticité .
Quand vous jouez Scriabine percevez-vous clairement les couleurs que celui-ci voulait associer au son ?
sincèrement , je n'y pense pas, car la couleur doit se révéler d'elle-même. Néanmoins, il peut m'arriver de visualiser des teintes allant de l'obscure au pastel clair dans certaines recherches de type de sonorité propre à des œuvres comme la dixième sonate.

En quoi Scriabine est-il bien pour vous un " impressionniste russe " ?
La clarté de ses couleurs m'évoque l'impressionnisme sous certains aspects.
L'utilisation instrumentale de ses œuvres pour orchestre dénote une science de la maîtrise de timbres riches en couleur allant de la transparence à la matérialisation de formes plus finies. Mais c'est par le coté éthéré parfois que l'impressionnisme semble transparaître de manière plus évidente.
Que pensez-vous des préoccupations mystico-philosophiques de Scriabine ? A ce propos avez-vous eu l'occasion de lire le journal de Scriabine ou de visiter son musée à Moscou, cela vous a-t-il aidé ?
Je pense qu'il offrait par la palette de ses moyens d'expression une ouverture vers de nouvelles voies via la théosophie influencée par la philosophe russe, Blavatsky entre autre. Il est connu que Scriabine s'intéressait à des questions métaphysiques et spirituelles, sa musique est une grande épopée vers la recherche constante d'une perception extra sensorielle.
Oui, ce journal m'a accompagné durant toutes ses années et je n'ai cessé de m'y intéresser et de m'en inspirer. J'ai par ailleurs eu l'occasion de me rendre chez lui à Moscou et lorsque j'écoutais "Vers la flamme" dans son salon par le pianiste Sofronitsky, il se passait quelque chose d'étrange dans ma tête comme si elle bourdonnait d'une énergie vibratoire.
Vous intéressez-vous aussi au mysticisme ?
La musique est une forme que personne n'a pu définir de manière tangible. Elle est plus qu'une forme d'expression humaine à mon sens et je tends à croire que si l'univers s'est formé et a eu un commencement alors c'était aussi de la musique ?
Pour moi, la mystique n'est pas une chose à réprimer puisque c'est aussi un chemin par lequel je peux avoir des réponses tout comme par le biais de la science et de la philosophie. Pour moi il n'y a pas de frontière entre tous ces sujets .
Vous sentez-vous personnellement plus proche des œuvres méditatives ou des œuvres fougueuses de Scriabine ?
Les deux sont étroitement liés et ne peuvent coexister l'une sans l'autre, c'est deux expressions d'un même visage, le reflet de tout sentiment humain qui tend à se calmer ou s'exaspérer parfois furieusement et désespérément à la fois, je me sens proche des deux.

A quoi attachez vous le plus d'importance dans votre interprétation des œuvres de Scriabine et quel travail particulier vous demande ce compositeur ?
Le style propre à ce compositeur est de nature complexe et il me semble nécessaire de s'attacher aussi bien physiquement que dans la compréhension du texte à y décrypter le sens contenu dans la partition. C'est le travail d'une vie entière que demande l'étude de ces œuvres et ses explorations. Je tends dans mon travail à rentrer dans ce langage avec toutes les possibilités qui s'offrent à moi et s'il y a une vision à y trouver, cela touche une dimension métaphysique. En revanche , le travail nécessaire est de percer les intentions du compositeur en devenant une passerelle entre ce qu'il exprime et le monde de l'ici bas .
Comment vous sentez-vous tant physiquement que psychologiquement après avoir joué " Vers la flamme " ?
Ce poème demande une concentration et une tension soutenue constante, c'est une fresque sonore qui recherche ce point ultime. Il y a effectivement une grande tension psychophysique qui ne se relâche jamais.
Pour écouter avec l'aimable autorisation du label Sisyphe
Scriabine - Etude n°5 opus 42

par Jonathan Benichou
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