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Chopin autour des Scherzi Corinne Kloska Piano

Chopin

Autour des Scherzi

Scherzo n°1 op.20
Mazurka op.17 n°4
Smutna rzeka op.74 n°3 mélodie
Scherzo n°2 op.31
Mazurka op.25 n°4
Hexameron
Scherzo n°3 op.39
Mazurka op.41 n°1
Scherzo n°4 op.54
Dwojaki koniec op.74 mélodie
Polonaise Héroique op.53

Corinne Kloska, piano

 

La pianiste d'origine polonaise et italienne Corinne Kloska a une double actualité : elle sort ce mois-ci un disque qu'elle avait envie d'enregistrer depuis longtemps : autour des Scherzi de Chopin, accompagnée par le ténor Xavier Le Maréchal sur deux mélodies et elle donnera un concert le 16 mars 2011 à 19h30 à l'Auditorium St Germain 4 rue Félibien 75006 Paris avec au programme Chopin -Liszt.
Ce concert sera l'occasion pour elle de présenter des oeuvres de ce disque mais découvrez dès à présent celui-ci à travers la reproduction de l'entretien du livret publié avec l'aimable autorisation du label Plusloin music et quelques extraits choisis... ainsi des extraits des troisième et quatrième scherzi très contrastés comme l'explique Caroline Kloska qui en exprime les différents langages musicaux avec une grande expressivité. Elle a choisi d'associer aux scherzi des pièces plus rares ou de rappeler d'autres grandes œuvres qui leur sont contemporaines ainsi la Polonaise Héroique ou deux mélodies effectivement peu connues chantées par Xavier Le Maréchal, vous pourrez également en écouter un extrait.
Cet enregistrement "Autour des Scherzi " propose plusieurs œuvres en compléments, comment les avez-vous choisies ?

De longue date, je désirais enregistrer ces œuvres si représentatives de Chopin, à la fois par la forme, les climats, mais aussi par leurs périodes d'écriture, puisque qu'elles ont été composées entre 1831 et 1842, en pleine maturité.
Chopin a innové en créant certaines formes comme les " Ballades " mais pour le " Scherzo ", bien que le terme et la forme ne soient pas nouveaux, il l'a réinventé en lui donnant une autonomie qu'il n'avait pas jusqu'alors…Il en a fait une œuvre à part entière. Traditionnellement le Scherzo faisait office de divertissement au sein d'une sonate, en apportant fraîcheur et spontanéité après un mouvement lent par exemple…Bien que Chopin en garde le plan habituel (mesure à ¾, trio central), ce n'est que prétexte pour lui donner une ampleur sans précédent : le divertissement fait place aux contrastes, aux fulgurances, aux alternances de drames et de plénitude. Toutes les ressources du piano sont utilisées, de l'infiniment petit jusqu'aux grandes courbes les plus déchirantes utilisant accords, gammes, déplacements sur tout le clavier, un éventail de nuances des plus ténues jusqu'aux plus imposantes.
Parmi les quatre Scherzi, je mets volontiers à part le dernier (Scherzo n°4 op.54 en mi majeur, 1842). Les trois premiers reflètent les états de la vie de Chopin, ses déceptions, ses déchirures, alors que le quatrième est une idéalisation de la vie, la paix, " l'au-delà " peut-être… Il est souvent décrit comme " solaire "…
Jankélévitch y voit " le poème de l'Air après les trois poèmes du Feu ". Tout y est différent, opposé : la tonalité majeure, le suggéré à la place de l'affirmation, la paix plutôt que l'effroi, la lumière remplace l'ombre. La virtuosité ne fait plus peur, elle exprime la douceur, la magie, la féerie. Le Liszt des " Années de pèlerinages " ou des " Harmonies poétiques et religieuses "n'est pas très éloigné.
Le premier Scherzo, (op.20 en si mineur, 1831-1832) est très poignant par sa jeunesse et son énergie primordiale, même s'il est habité des drames qui se nouent déjà dans la vie de Chopin. Le premier accord qui ouvre le " Presto con fuoco" est comme un coup de poignard dans l'âme. La vitalité de l'œuvre ne masque jamais l'effroi, et quand arrive ensuite ce cantique central, si émouvant, nous croyons enfin arriver au repos de l'âme. Alors que nous sommes dans une paix intérieure retrouvée, les deux incroyables accords résonnent de nouveau pour ré-introduire le passage du début : L'effroi reprend sa course jusqu'à la fin, sans relâche.
Le second, (op.31 en si bémol mineur, 1837) est le plus connu, vraisemblablement parce que l'essentiel de l'écriture de Chopin y est présente: contraste entre cantabile (mineur-majeur), épisodes lyriques, lumières, drames, et aussi à travers des variations de nuances extrêmes, parfois subites. Je l'aime particulièrement parce qu'il rompt avec les réitérations symétriques du premier Scherzo. Au contraire les thèmes et leurs développements varient à l'infini et c'est un bonheur de chercher de nouvelles voies expressives à chaque fois qu'on le joue.
Le troisième, (op.39 en ut dièse mineur, 1839) est célèbre par son Choral offrant un contraste entre de puissants et beaux accords et ces arabesques légères… D'ailleurs, j'ai envie de dire que " contraste " est le mot qui exprime le mieux le contenu de cette œuvre : opposition des deux thèmes, l'un puissant et grave, l'autre léger et transparent. Oppositions encore, grâce aux silences tellement expressifs. Et aussi parce que le style de Chopin évolue : le contraste se déplace à l'intérieur même de la phrase, du motif. C'est ce qui rend difficile, je pense, l'interprétation de ce Scherzo: rendre dans l'instant ces multiples climats, exprimés à travers des nuances dynamiques nombreuses, soudaines et difficiles à doser.
La curiosité venant, je me suis également intéressée aux œuvres qui encadraient la genèse de chaque Scherzo, et j'ai découvert des pépites, comme " Hexameron " qui est une magnifique pièce méconnue, reprenant le thème des " Puritains " de Bellini. Son tempo lent fait penser à un Nocturne en miniature. J'ai également choisi deux mélodies en polonais que Xavier Le Maréchal nous a fait le plaisir d'interpréter. La première " Smutna rzeka " (Rivière triste) est l'une de plus belle et touchante sur les onze de l'opus 74 avec une partie centrale particulièrement désespérée…la seconde mélodie est la pièce la plus tardive de ce programme. " Dwojaki koniec " est composée en 1845 et raconte une histoire d'amour entre une Polonaise et un cosaque. Son ambiance monotone et romantique, avec quelques accents belcantistes, en fait une curiosité charmante mise en relief par son aspect désuet.
Les œuvres qui accompagnent les Scherzi sur ce disque sont donc un mélange entre des œuvres peu ou pas connues et d'autres qui, bien que célèbres, nous éclairent sur le cheminement de Chopin pendant ces onze années.
Néanmoins ce programme semble disparate, puisque autour des pièces maîtresses, s'enchaînent Mazurkas, Polonaise, mélodies….
Au contraire, cette hétérogénéité apparente rend compte de l'incroyable diversité de son œuvre, toujours inscrite dans une dynamique entre les petites et les grandes formes. Il ne s'agit pas de faire un portrait exhaustif de Chopin, mais seulement de faire quelques pauses sur des pièces plus rares ou de nous rappeler que telle ou telle grande œuvre voisinait, dans ses préoccupations, avec tel ou tel Scherzo.
Il est quand même passionnant de rapprocher la Polonaise Héroïque Op.54 tellement grandiose et flamboyante avec le 4ème Scherzo Op.53 qui n'est que lumière et poésie dès le début ! Il marque une rupture avec les 3 précédents, qui sont affirmatifs alors que le dernier transforme la force en un point d'interrogation.
Comment abordez-vous les ressources physiques nécessaires aux Scherzi ?
Parler en profondeur de la technique pianistique n'est pas une question de " ressources " au sens où on l'entend habituellement. Il s'agit là d'architecture, pas de force. Il s'agit aussi de timbres, de climats, de tensions ou de détentes. Tout cela n'est pas une histoire de " ressources physiques " comme on a souvent lu sur les Scherzi, mais de structure de la forme en assumant jusqu'au bout les points de tensions par exemple, qui sont parfois énormes d'intensités… en rendant exactement compte des contrastes, en jouant vraiment piano ou pianissimo quand nécessaire. C'est cette variété de la gamme dynamique et des couleurs qui permet de jouer ces œuvres. La vraie technique, c'est la possibilité de rendre compte d'une conception et principalement de faire de belles phrases. Ce qui est ma préoccupation principale, surtout chez Chopin qui est l'expression même du " cantabile " au piano.
Pour quelles raisons, après avoir enregistré des œuvres de jeunesse de Szymanowski inconnues, appréhendez vous un tel répertoire ?
J'aime beaucoup jouer le répertoire du début du XXème siècle, Scriabine, Rachmaninoff , Ravel et bien sur Szymanowski….Ils sont les héritiers de Chopin, que ce soit du point de vue des couleurs, de l'émotion ou de la technique…C'est également évident chez Debussy… Sans oublier Liszt, autre grand inventeur du piano moderne dont la Méphisto-Valse trouve un écho dans Scarbo de Ravel que j'affectionne particulièrement. La musique est un jeu de miroir entre les générations que je trouve enrichissant de mettre en lumière.
Corinne Kloska découvre très tôt la musique, grâce à sa mère excellente chanteuse.
Le chant, le " cantabile " représente l'essence de sa conception de la musique et du piano.
Née d'un père polonais et d'une mère italienne, émotion et passion sont les traits déterminants de son tempérament.
Comme souvent, ce furent des rencontres importantes qui esquissèrent la constante réflexion et évolution de Corinne Kloska. D'abord avec François Cholé, Pierre Sancan, puis avec Eliane Richepin dont l'influence fut déterminante.
Lauréate de plusieurs concours internationaux Corinne Kloska se produit régulièrement en France et à l'étranger. Son activité se répartit équitablement entre le répertoire de musique pour piano, la musique de chambre et l'accompagnement de chanteurs.
Plusieurs parutions rendent compte de l'univers de Corinne Kloska au disque:
" La Polonaise " à travers des œuvres de Wilhelm Friedemann Bach, Beethoven et Scriabine.
Les transcriptions pour Quatuors et piano des Quintettes pour vents et piano de Mozart et Beethoven (Alphée).
Chez Soupir est paru en 2004 un disque consacré à l'œuvre de jeunesse de Szymanowski (5 Diapasons, 10 de Répertoire). Œuvres rarement enregistrées jusqu'à présent.
Comme l'a écrit François Serette, elle est une musicienne qui a reçu le don de passer " du rêve à la passion avec le même bonheur "
Corinne Kloska enseigne actuellement à Paris.

Xavier Le Maréchal, Chant
Xavier Le Maréchal découvre le chant dès l'age de 4 ans. Son parcours débute par le chant, le chant choral et une formation musicale complète aux conservatoires de Fougères, puis à Versailles et à Paris. Au sein de l'ensemble Perceval, il côtoiera les musiques du Moyen Age et de la Renaissance.
Mais le choc se produira lors de la découverte des Mélodies de Fauré. Dès lors Xavier Le Maréchal se consacrera essentiellement à la mélodie française et étrangère avec une exigence particulière pour son respect, un amour des textes, et la manière de les faire vivre. Créer un monde éphémère qui en l'espace de quelques minutes doit suggérer le décor, les lumières, les personnages, raconter une histoire et mettre un parfum de vie. Les rencontres de Claude Dubois-Guyot, Rachel Yakar, et de Jean-Christophe Benoit, son maître de mélodies françaises, furent déterminantes.

Pour écouter ces extraits
du disque Chopin
Corinne Kloska, piano
avec l'aimable autorisation
du label
plusloin music
cliquez sur le triangle des lecteurs ci-dessous

Scherzo 3 (extrait)

Scherzo 4(extrait)

Mélodie Smutna rzeka(extrait)
avec Xavier Le Maréchal, chant

Polonaise héroique(extrait)

 

 

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