Chopin Nocturnes Marie-Josèphe Jude PIANO

Chopin

Les 21 Nocturnes

Marie-Josèphe Jude, piano

Enregistré au Théâtre nationale de Marseille
La criée

La pianiste Marie-Josèphe Jude avait fait part de son souhait de "passer plus de temps avec Chopin " lors d'un précédent entretien et , cette nouvelle rencontre avec la musique de ce compositeur l'a conduite à choisir d'enregistrer cette intégrale des Nocturnes, parce que, confie-t-elle lors d'un nouvel entretien à lire ci-dessous : "Progressivement l'idée m'est apparue évidente qu'il me fallait les jouer tous. J'affectionne particulièrement les formes condensées, le discours concentré et resserré me parle, et la mélancolie qui traverse ces nocturnes de pages en pages me bouleverse, tout simplement... ".
Souvent considéré comme un journal intime, où transparaît l'âme de Chopin, ces Nocturnes composés par opus de trois( les deux premiers) puis de deux pièces, sur une période de composition de dix-neuf années, ont, parait-il, largement contribué au succès de Chopin à l'époque romantique, et ils ont toujours du succès. Il est d'ailleurs fort probable que vous ayez souvent eu l'occasion d'entendre l'un d'eux en bis lors de concerts, particulièrement en 2010, année du bicentenaire de sa naissance. Mais c'est donc l'intégrale des vingt-et-un nocturnes que Marie-Josèphe Jude a enregistré en direct lors d'un concert, à Marseille fin 2012, à la demande de René Gambini, Directeur du label Lyrinx, qui publie cet album de deux disques. Une intégrale qu'elle a souvent jouée en concert l'année précédent cet enregistrement, afin de déjouer un éventuel trac, et joue bien sûr encore depuis.
Le premier nocturne de l'opus 27 que vous pourrez écouter plus bas dans cette page, porte en lui une fièvre évidente, celle qui pourrait aussi naître lors d'un concert, mais il est en tout cas très représentatif du naturel et de la sensibilité avec lesquels la pianiste parcourent ses pages d'un compositeur qui préférait les concerts dans les salons privés, sans doute aussi pour éviter d'avoir à faire face à un quelconque stress, face à un large public, quelles n'eussent été ses propres pensées, à devoir être enregistré en direct ? ... nul ne le saura !
Et nul ne saura non plus si, c'est grâce à ces circonstances peut-être , Marie-Josèphe Jude, au jeu d'une rare sensibilité, offre ici - et cela même si elle n'avait pas de stress particulier, confie-t-elle - un enregistrement particulièrement captivant par la tension qui y règne , et reflétant la forte concentration de la pianiste durant le concert. Une tension qui se mesure certes plus particulièrement dans certains Nocturnes où l'émotion dramatique jaillit parfois ouvertement, avec un naturel remarquable, mais aussi par un chant très expressif tout au long de ce programme. Une tension qui transporte l'auditeur de l'un à l'autre Nocturne, dans un fil quasi continu,.. Les Nocturnes plus calmes, voire parfois aux moments d'une douceur extrême , ont tout autant de puissance à fasciner par la délicatesse de son jeu, l'émotion retenue, et toujours cette tension, qui reste latente même dans les silences, maintient notre attente et propre concentration, et préserve donc le caractère intime de ces pièces qui nous touchent directement.
Vos derniers disques pour le label Lyrinx, avaient été enregistrés en studio, par contre celui-ci a été enregistré en direct lors d’un concert, comment avez-vous vécu ce concert, le fait d’être enregistrée vous a-t-il donné un stress supplémentaire ou pas ?
J'avais déjà fait l'expérience de l'enregistrement en concert pour le 3ème volume de mon intégrale Brahms (sonate opus 5 et opus 117), et je dois dire que j'en avais gardé un souvenir formidable du concert lui-même, mais je me souviens aussi de la pression , le stress d'"avant-concert", un des plus grands tracs que j'ai connu !
J'avoue avoir hésité par la suite à renouveler l'expérience... Cela dit, j'ai par la suite constaté pour les enregistrements qui ont suivi que lors des écoutes des prises pour le montage, je prenais pratiquement systématiquement la 1ère prise, sur laquelle j'effectuais des corrections bien sûr, mais qui présentait de façon flagrante des qualités d'investissement et de sincérité que j'avais du mal à retrouver sur les prises qui suivaient... parfois le fait de recommencer plusieurs prises identiques permet de se sentir plus 'à l'aise" mais en réécoutant on se rend compte que l'on perd considérablement l'élan spontané et l'émotion... Comme René Gambini, fondateur du label Lyrinx, affectionne particulièrement les enregistrements en concert, il m'encourageait depuis des années à me "lancer".
Les Nocturnes ont été l'occasion de tenter l'aventure, et je ne le regrette pas du tout ! Je n'ai pas eu de "stress" particulier avant le concert, je me suis préparée pendant toute l'année précédente à cette échéance; j'ai surtout pensé à la concentration (2 parties de 50-55 minutes..) et chassé les pensées parasites qui empêchent parfois d'entrer totalement dans la musique. Ce concert est un très beau souvenir, le public marseillais est un public qui me soutient depuis mes débuts avec l'intégrale Brahms que j'avais fait en concert sur plusieurs années à la Société de musique de chambre, c'est toujours très émouvant pour moi de jouer là bas.
Lors d’un précédent entretien en 2011 vous indiquiez vouloir passer plus de temps avec Chopin, quel travail particulier vous a demandé la préparation de ce disque enregistré fin 2012 et comment avez-vous vécu ce temps « avec Chopin » ?
Cela fait en effet bien longtemps que je cherchais un projet d'enregistrement consacré à Chopin... Compte tenu de la discographie existante, je m'attelais surtout à trouver les oeuvres avec lesquelles je me sentais particulièrement en "osmose"; j'ai travaillé comme tous les pianistes beaucoup de Chopin depuis ma jeunesse, les ballades, les scherzi, Barcarolle-Tantaisie, berceuse, préludes, études, sonates etc ...et depuis quelques années des cycles de nocturnes. Progressivement l'idée m'est apparue évidente qu'il me fallait les jouer tous. J'affectionne particulièrement les formes condensées, le discours concentré et resserré me parle, et la mélancolie qui traverse ces nocturnes de pages en pages me bouleverse, tout simplement... On a aussi le sentiment que Chopin s'y abandonne, loin des prouesses virtuoses que l'on trouve dans les autres oeuvres, le sentiment y est mis à nu . J'y ai retrouvé le même sentiment de "journal intime", d'introspection que+ lorsque j'avais enregistré les opus 116-117-118-119 de Brahms, pièces dans lesquelles je trouve la même forme de recueillement.
Quelles sont les principales difficultés que posent à votre avis les Nocturnes , et à votre avis certains sont-ils un peu plus facilement abordables que d’autres, lesquels ?
On retrouve dans les nocturnes les difficultés que l'on rencontre toujours chez Chopin : trouver le naturel du rubato (il en faut bien entendu, mais sans "déformer" le discours!), la liberté dans la rigueur, le son, si particulier, timbré, élégant, chaleureux mais jamais épais, et la main gauche, fondamentale dans son rôle harmonique et soutenant de la mélodie, main gauche essentielle dans sa subtilité...la forme "resserrée" du Nocturne, oblige aussi à être parfaitement conscient du déroulement de l'oeuvre, et à la construire de façon cohérente. Bien sûr, il y en a de plus compliqués que d'autres, le fameux opus 48 n° 1 en do mineur est une fresque à lui tout seul, l"opus 55 et 62 ne sont pas simples non plus... parfois, il faut aussi se méfier de ceux qui ont une apparence "simple"! Rien de plus difficile parfois que de ne rien "faire" !
Vous enseignez au conservatoire de Lyon, vous arrive-t-il souvent d’enseigner des Nocturnes , et quel est le conseil dont il vous semble primordial de tenir compte pour l’étude de ces œuvres et qui vous tient le plus à cœur dans votre propre interprétation et partage avec vos élèves ?
Mes étudiants ont en effet très souvent envie d'aborder certains nocturnes, et cela fait partie des oeuvres que l'on travaille volontiers pour travailler le legato, le phrasé...C'est un support formidable pour travailler sur la sonorité, le geste du poignet qui permet le legato, l'équilibre main droite/main gauche...et le rubato, proche de celui du chanteur, si difficile pour nous.. J'essaie surtout de les ramener toujours et encore sur le texte, Chopin a annoté de façon extrêmement précise les phrasés, les dynamiques, etc... respecter scrupuleusement le texte est déjà un gage de bonne voie !
Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez entendu ces Nocturnes et y a-t-il des interprètes du passé qui vous ont particulièrement marquée dans l’interprétation de ceux-ci ?
Je les écoutais parfois en boucle durant des semaines durant toute la période de mon adolescence, j'imagine qu'ils traduisaient à la perfection l'humeur et les états d'âme de cet âge "entre-deux"... J'aimais énormément (je l'aime toujours d'ailleurs!) la version de Rubinstein. Mais j'écoutais aussi Samson François, Arrau...
Quel est votre nocturne préféré ?
Question difficile, presque impossible d'y répondre... J'ai à présent donné le cycle de l'intégrale plusieurs fois en concerts, et à chaque fois je ressens la même chose : chacun des nocturnes m'apporte des émotions différentes, le voyage est tellement merveilleux que l'on a envie de s'attarder et de savourer chaque note. Si je devais vraiment en choisir un, je dirais peut-être l'opus 27 n° 1 en ut dièse mineur, pour l'économie de moyens avec laquelle Chopin nous fait entrer dans une ambiance mystérieuse et tragique en quelques notes . Je suis happée à chaque fois par son intensité.
Quels sont vos prochains concerts ou projets en cours, notamment après Chopin y a-t-il en ce moment un compositeur qui vous intéresse actuellement plus particulièrement ?
En ce moment, Chopin est toujours très présent, puisque je jouerai l'intégrale des Nocturnes à la Chapelle du Méjan à Arles le 15 décembre prochain et le 12 janvier à Nice; parallèlement à ces programmes, je reviens toujours à Beethoven, Brahms, Schumann, Debussy, Ravel, et parfois Schubert que j'aime de plus en plus travailler et jouer.... Nous avons, avec Michel Béroff, deux enregistrements qui vont sortir bientôt, un disque à 2 pianos consacré à Liszt, et un disque 4 mains Debussy/Ravel.

Pour écouter
Chopin
Nocturne opus 27 n°1
Marie-Josèphe Jude, piano
avec l'aimable autorisation
du label
Lyrinx
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ci-dessous

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