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Marwan Dafir Lauréat du concours de piano de Brest

Marwan Dafir a remporté au 19ème concours de piano de Brest la plus haute récompense : le Prix de la Ville de Brest, lors de l'épreuve Chopin . Il avait choisi d'interpréter le Nocturne n° 18 en mi majeur, op. 62 n° 2, Étude op. 10 n° 10, en la bémol majeur et Scherzo IV, op. 54 en mi majeur de ce compositeur. Marwan Dafir a bien voulu répondre à quelques questions et il est amusant de constater qu'il a découvert le piano comme le pianiste Lang Lang : par le dessin animé de de la Rapsodie de Liszt (Tom et Jerry) ! Serait-ce la raison de la prolifération de vidéos de chats pianistes : inciter à jouer cet instrument ?!!! Quoi qu'il en soit Marwan Dafir a quant à lui choisi de nous faire écouter son enregistrement d'une pièce d'Isaac Albeniz : Lavapiès, une pièce que le compositeur craignait que personne n'arrive à jouer hormis le pianiste catalan Joaquin Malats pour lequel il avait écrit son recueil Iberia. Une musique impressionnante qui pourrait elle aussi donner lieu à un dessin animé, par exemple de chats dansant un tango sur un piano, puisque cette pièce reprend une rythmique de tango andalou !

Comment avez-vous découvert le piano et décidé d’apprendre à jouer du piano ?
Mes grands-parents ont un vieux piano droit chez eux et ma grand-mère en jouait un petit peu parfois, mais ce qui a vraiment éveillé ma curiosité, c’est le célébrissime épisode de « Tom & Jerry » où Tom joue la Deuxième Rhapsodie de Liszt. Je fus absolument fasciné par ce morceau, mais à ce moment je ne savais pas encore ce que c’était. J’ai donc commencé à écumer les bibliothèques (manie qui me poursuit toujours !), pour finir par le trouver chez nous, joué par France Clidat. Mes parents, s’ils ne sont pas musiciens, ont quand même une petite discothèque assez éclectique. Puis, de fil en aiguille, en écoutant de plus en plus de musique, et exclusivement du piano, l’intérêt s’est transformé en nécessité : je voulais apprendre ! Ma mère m’a alors inscrit dans l’école de musique de mon village l’année de mes onze ans. J’ai eu la chance d’entrer dans une école formidable avec, l’un après l’autre, deux professeurs exceptionnels avec qui j’ai pu avancer à mon rythme pour ensuite intégrer le conservatoire de Marseille.
Vous êtes titulaire d’un Deug de Physique chimie, celui-ci vous est-il utile aujourd’hui et pourquoi avez-vous choisi de poursuivre des études scientifiques jusqu’à ce niveau ?
AAimant beaucoup les sciences, tant que j’ai pu poursuivre un double cursus je ne me suis même pas demandé s’il fallait que je choisisse l’un ou l’autre. C’est lorsque je suis entré au CNSMD de Lyon, alors que j’étais en première année de Master de Mathématiques, que le choix me fut nécessaire. Je commençais à travailler beaucoup plus mon piano, chaque jour désormais, et ne trouvais plus le temps de suivre avec un minimum de sérieux tout ce qui m’était demandé à l’Université. J’ai bien essayé de continuer le Master par correspondance, mais ce fut utopique ! Cela m’a apporté peut-être, je ne m’en rends pas forcément compte, une certaine rigueur d’esprit et de travail. Mais ce sont des choses que n’importe quelles autres études m’auraient données. J’entends souvent parler d’un rapport particulier entre mathématiques et musique, je n’en suis absolument pas convaincu, en tout cas je n’en vois pas plus qu’avec n’importe quel autre domaine. Certes en musique, comme en mathématiques, il faut être structuré, avoir de la rigueur, analyser ce que l’on fait… Mais c’est le cas pour toutes les disciplines. Si l’on trouve l’utilisation du nombre d’or, de symétries, de suites de notes et autres rapports dans une composition musicale, cela relève du jeu numérique et pas du tout de mathématiques. Pour comparer, ce serait un peu comme vouloir établir une relation immédiate entre mots fléchés et littérature... S’il existe cependant un lien clair, il doit se situer au niveau du traitement du son et de ses applications, chose qui concerne quand même encore très peu les musiciens et interprètes. Mon mémoire de recherche au conservatoire porte sur l’acoustique du piano : cela me permet d’utiliser réellement mes études antérieures. J’ai pu choisir ce sujet parce que je possède certaines notions en physique et mathématiques.
Poursuivez-vous toujours des études de piano dans cet établissement ou éventuellement ailleurs hormis les masterclasses ?
Étant en ce moment en première année de Master au CNSMD de Lyon, il me reste cette fin d’année et la suivante afin de terminer le cursus « classique » d’un étudiant de ce conservatoire. Je suis donc exclusivement mes cours dans ce conservatoire.
Vous suivez des masterclasses auprès de compositeurs, aimeriez-vous plus être compositeur qu’interprète ?
Les masterclasses ont cette spécificité d’être, toujours, ponctuelles. Ce sont au maximum des « workshops » de 3 ou 4 jours avec un musicien travaillant avec un groupe d’élèves mais en général il s’agit d’une séance d’une heure pendant laquelle on joue devant le compositeur. Les quelques-unes que j’ai suivies je les ai toujours faites en tant qu’interprète. J’ai bien quelques notions d’écriture mais si peu pour composer ! Je jouais, bien sûr en ayant  préparé les œuvres en amont, devant ces compositeurs et ensuite ils me faisaient part de leurs remarques, me précisant ce qu’ils avaient voulu dire à travers leurs pièces. C’est une chose essentielle du développement artistique et personnel que d’arriver, parfois, complètement nu devant une page qui nous est totalement inconnue. On ne doit évidemment pas faire abstraction de ce que l’on a appris avec les compositeurs du passé, mais on manque de repères et il faut compenser par sa propre sensibilité et son intelligence… C’est là que l’auteur intervient et que l’on voit si le chemin pris est le bon !
Parmi les compositeurs actuels, quand bien même je n’ai qu’une vue partielle de tout ce qui se fait aujourd’hui, j’aime particulièrement Marco Stroppa et György Kurtág. Guy Sacre (qui est aussi l’auteur du Dictionnaire « La Musique de Piano »), m’a écrit un ensemble de très belles pièces pour piano, que je travaille en ce moment et que j’ai hâte de pouvoir jouer.
Dans quelle circonstance avez-vous déjà participé à nombreux festivals et notamment joué avec l’Orchestre de l’Opéra de Lyon sous la direction de Kazushi Ono et quel souvenir gardez-vous de ce concert ?
N’ayant jamais participé à des concours, j’ai le plus souvent pu être invité à des festivals grâce au « bouche à oreille », et quelquefois grâce à de vrais coups de chance. C’est un peu ce qui s’est passé avec les concerts à l’Opéra de Lyon qui furent pour moi des moments superbes. L’orchestre de l’Opéra donnait deux concerts, à un mois d’intervalle, avec au programme Ma Mère l’Oye de Ravel, Pierre et le Loup de Prokofiev ainsi que Le Carnaval des Animaux de Saint-Saëns et pour cette fois l’Opéra a fait appel au conservatoire afin que deux élèves jouent les parties de piano solistes dans Le Carnaval des Animaux. Mis à part la première répétition, où il m’a fallu évacuer un certain stress, tout s’est déroulé à merveille. Kazuchi Ono faisait preuve au moment des concerts d’un humour naturel et d’un entrain qui allaient parfaitement avec l’esprit des pièces. Comme tous les musiciens de l’Orchestre participaient à cette bonne humeur ce fut un vrai bonheur de jouer et je crois que l’engouement était communicatif !
Avez-vous l’intention de vous présenter à d’autres concours après ce premier concours dont vous avez gagné le plus haut prix ?
En tant que tel : un concours où un prix est en jeu, c’était effectivement, comme je l’ai dit plus haut, ma première participation. Avant, il y a eu bien sûr le concours d’entrée au CNSMD qui a été un moment très important pour moi dans la détermination de mon parcours. L’objectif y était quand même sensiblement différent car s’il importe toujours de jouer le mieux possible, il fallait « juste » faire partie des élèves admis dans l’établissement.
J’aimerais bien en préparer d’autres ; je pense que c’est très formateur et que c’est une étape presque obligatoire dans sa propre progression. Il suffit de voir qu’à part un ou deux cas vraiment exceptionnels, tous les pianistes ont passé des concours. Cela fait travailler beaucoup de pièces qui resteront à notre répertoire, et permet de les partager tout de suite en public, ce qui n’est pas toujours le cas lorsque l’on travaille pour soi. Le tout est je crois d’aborder ces concours avec un bon état d’esprit, en étant prêt un maximum et en voulant réussir du mieux possible, mais sans se faire ensuite une montagne du résultat. Si cela marche, prendre cela comme une source de motivation supplémentaire, et si cela ne se passe pas bien continuer à travailler pour que ça aille mieux la fois d’après ! On a trop souvent l’impression qu’un résultat nous représente, alors qu’il arrive que quelqu’un rate un premier tour et remporte un autre concours quelques jours après, ou vice versa !
Comment avez-vous vécu ce concours ?
Tout est fait par le comité organisateur pour que les participants se sentent bien et puissent donner le meilleur d’eux-mêmes sur la scène. La possibilité d’être hébergé dans une famille d’accueil est appréciable au possible. Et la mienne, une habituée du concours, fut vraiment formidable ! Le programme à jouer, finalement très bref car il ne dure qu’une vingtaine de minutes, est très attachant : quel pianiste n’aime pas interpréter Chopin ! On a tous déjà joué une étude, travaillé, même maladroitement, une ballade ou un scherzo, déchiffré pour soi, un nocturne. Toutes les œuvres que j’ai choisies je ne les ai pas préparées spécialement pour le concours. Je connaissais depuis longtemps mon étude (op.10 n°10) mais j’ai commencé à travailler le Quatrième Scherzo bien plus récemment. Le concours arrivait à un moment idéal, je pouvais jouer avec l’état d’esprit d’un concert, en voulant faire partager des œuvres magnifiques aux gens présents dans la salle. Car le jury fait bien partie du public lui aussi ! C’est comme ça que j’ai abordé ce concours. Lors de mon passage ce fut quand même différent : j’ai eu un moment de trac, avec l’impression que mon cerveau se liquéfiait, et je me suis senti assez mal à l’aise durant quelques minutes… J’espère avoir réussi à ne pas le montrer !
Que représente Chopin dans votre répertoire et quels sont vos autres compositeurs de prédilection ?
Si j’ai toujours aimé sa musique, il m’a fallu un certain temps avant d’appréhender Chopin d’une façon qui, si elle n’est pas idéale, soit au moins cohérente. C’est-à-dire qui soit à la fois souple, en mesure, chantée et sans lourdeur. C’est un compositeur qui, plus qu’un autre en tout cas en ce qui me concerne, ne « pardonne pas ». Il révèle nos qualités et défauts pianistiques ; toute lacune et tout petit manque de préparation se font sentir lorsqu’on le joue en public, il n’y a aucun moyen de les masquer ou de faire illusion. De plus il est le compositeur qui a porté l’art pianistique à son sommet. J’entends par art pianistique le rapport entre le corps, l’instrument et la valeur artistique des pièces. Quand bien même son œuvre est parfois redoutablement difficile, à aucun moment elle n’excède le pianiste ou le piano. J’en travaille de plus en plus, conscient que cela me fait faire beaucoup de progrès, et bien entendu parce que c’est aussi un plaisir incomparable !
J’ai toujours eu un attachement particulier, et immédiat cette fois, pour Liszt ainsi qu’une affection particulière pour la musique espagnole, Albéniz, Granados, Falla dont les grandes œuvres me touchent profondément.
Vous avez un prix en musique de chambre, aimeriez-vous éventuelklment participer de nouveau au concours de Brest dans une formation et que représente la musique de chambre / l’ensemble de vos activités ?
Ce prix en musique de chambre fait partie de ce qui est demandé afin de « valider » le Diplôme d’Études Musicales au CRR de Marseille. C’est le minimum pour tout élève passant par un conservatoire. J’ai par contre eu la chance de trouver un camarade avec qui tout marchait bien, ce qui n’est pas toujours le cas ! Car bien s’entendre avec un ou plusieurs musiciens cela ne signifie pas trouver les moments pour répéter, mais plutôt pouvoir s’entendre sur le travail à effectuer, arriver à trouver une respiration commune dans un morceau...
C’est toujours un moment incroyable que de justement s’entendre avec d’autres instrumentistes (ou chanteurs) au moment du concert. La musique d’ensemble est cependant quelque chose que j’ai, vraiment, découvert assez tardivement mais qui occupe de plus en plus une part importante dans mon travail.
Cela dit je ne présenterais pas le concours de Brest avec une formation, l’ayant remporté dans une autre catégorie, il faut laisser d’autres personnes y participer !
Enseignez-vous ou aimeriez-vous enseigner ?
Comme la plupart des étudiants je donne quelques cours particuliers et j’ai eu quelques expériences en écoles de musique, comme remplaçant. C’est une chose passionnante que d’essayer de transmettre sa passion à quelqu’un. Même si la finalité reste, plus ou moins, la même, le chemin pour y parvenir dépend de chaque situation. Il faut même adapter son propre caractère à celui de l’élève, ce qui parfois est loin d’être simple ! Il m’est arrivé d’avoir l’impression de ne pas réussir un cours, d’être passé « à côté », ce qui est un sentiment désagréable, proche de celui éprouvé après un concert décevant. Comme pour tout, tout en ayant une ligne de conduite à tenir qui soit à la fois claire et intelligible, il faut constamment prendre du recul, se remettre en question, avoir un regard critique sur soi. Cela demande un investissement constant. Lorsque l’on remarque une vraie joie chez l’élève, un bonheur sincère à venir au cours on se sent soi-même un peu plus heureux.
Quels sont vos prochains concerts ?
Je vais prochainement jouer près de chez moi, en Provence, dans la ville des Pennes-Mirabeau. Cela s’annonce particulièrement sympathique car cela permettra, pour une fois, à famille et amis de venir. Ensuite jusqu’à la fin de l’année scolaire je vais jouer plusieurs fois, en musique de chambre, dans le cadre de concerts organisés par le CNSM de Lyon, qui nous donne fréquemment l’occasion de jouer en public. Je prépare plusieurs récitals pour cet été, notamment un, avec un programme riche et intéressant, mêlant Scarlatti, Bério, Stroppa, Liszt et Ravel que je vais donner dans le cadre du festival « Formats Raisins » qui se déroule chaque été dans la Nièvre autour de La Charité-sur-Loire. Je vais également revenir une semaine, début août, en Bretagne pour une série de cinq récitals faisant suite au concours de Brest. C’est la première fois que j’enchaînerai autant de concerts solos en un laps de temps aussi court. J’espère que je pourrai donner à chaque fois le meilleur de moi-même ; je suis en tout cas heureux et impatient d’y être !
Marwan Dafir, piano
Né en 1988, Marwan Dafir commence ses études musicales à l’École de musique de La-Fare-les-Oliviers, dans la classe de Pierre Pradier puis de Marc Levantidis.
En 2003 il entre au conservatoire de Marseille et suit les cours de Nadine Palmier. Il reçoit son 1er Prix de piano (2011) ainsi qu’un 1er Prix à l’unanimité en musique de chambre. Parallèlement, il est titulaire d’un DEUG de Physique-Chimie ainsi que d’une Licence de Mathématiques. En 2010 il est admis au CNSM de Lyon dans la classe d’Hervé N’Kaoua et Thierry Rosbach. Il a participé à des festivals comme « Le Festival Chopin » à Paris, « Les soirées du Castellet », « Le Festival de Musique Sacrée de Marseille », « Musique à Vars », « Le Festival International de La-Charité-sur-Loire »...  et a joué avec l'orchestre de l'Opéra de Lyon sous la direction de Kazushi Ono. Passionné de musique contemporaine et d’improvisation libre, Marwan Dafir se perfectionne lors de masterclasses, auprès de compositeurs tels que Philippe Hersant, Karol Beffa, et de la contrebassiste Joëlle Léandre.
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