Olivier Greif Intégrale oeuvre pour piano et violon Stéphanie Moralie et Romain David

Olivier Greif(1950-2000)
The meetings of the waters
Intégrale de l'oeuvre pour piano et violon
Stéphanie Moraly, violon
Romain David, piano

Sonate n°1 opus 15 , premier enregistrement mondial
Sonate n°2 opus 17
Adagio opus 69
Pièces de concours
Variations on peter Philips Galiarda Dolorosa
Sonate n°3 "The meeting of the waters" opus 70
2010 est l'année du 10ème anniversaire de la disparition soudaine, d'Olivier Greif à l'âge de cinquante ans, une mort non expliquée puisque l’autopsie n’a pas permis de déterminer la cause de sa mort, et à cette occasion une vingtaine de concerts seront organisés en France et il sort plusieurs disques dont celui cet album, intégrale des oeuvres pour violon et piano enregistrée par le pianiste Romain David et la violoniste Stéphanie Moraly.
Olivier Greif est un compositeur dont à l'écoute de ce disque comme de celui du pianiste Pascal Amoyel et Emmanuelle Bertrand paru en 2006(voir ici) , l'on ne s'explique pas non plus pourquoi il est ignoré des dictionnaires musicaux et si peu enregistré (seulement une douzaine de disques sur les sites d'amazon et la fnac dont plusieurs du label Triton qui édite ce disque)... Romain David, qui comme Pascal Amoyel, a eu l'occasion de rencontrer le compositeur et a donc choisi avec la violoniste Stéphanie Moraly d'enregistrer cette intégrale permet de découvrir dans d'autres oeuvres la musique d'Olivier Greif souvent fiévreuse, voire parfois étourdissante mais aussi combien émouvante. La sonate n°1 dont il font un premier enregistrement mondial dévoile l'originalité de sa musique dès son plus jeune âge : 17 ans seulement. L'on peut lire sur le site de l'association Olivier Greif... "L'on appréciera ma musique au siècle prochain", disait-il sa prédiction est donc en train de se réaliser....Romain David né dans la période où la remarquable sonate n°3 "The meeting of the waters" qui donne le titre à ce disque fut composée a bien voulu partager ici son enthousiasme pour la musique de ce compositeur et il le partage également musicalement avec la violoniste Stéphanie Moralie dans une interprétation énergique et sensible ainsi pourrez-vous vous en rendre compte dans quatre courts extraits plus bas dans cette page.
Que représente Olivier Greif dans votre répertoire et pour quelle raison avez-vous choisi d'enregistrer cette intégrale piano/violon ?
Je connais la musique d'Olivier Greif depuis un certain temps puisque j'ai eu la chance de le rencontrer en 2000 lorsque j'étais étudiant et que je participais à 'académie musicale de Villecroze. C'était quelques semaines seulement avant sa mort. L'ensemble Syntonia dont je fais partie travaillait avec lui son quatrième quatuor à cordes "Ulysses" en vue de son enregistrement en cd. Je garde le souvenir d'une personne discrète mais magnétique, qui semblait comme absorbé par sa musique et totalement déconnecté de toute réalité. Il se mettait souvent au piano et en jouait de manière puissante. C'est une caractéristique que l'on retrouve dans sa musique, toujours parcourue par un grand souffle. J'ai mis un certain moment à m'immerger intégralement dans sa musique, et c'est finalement l'écoute d'autres oeuvres comme la Bataille d'Agincourt pour deux violoncelles ou La danse des morts, quadruple concerto, qui ont déclenché chez moi le goût et l'envie de "pratiquer" cette musique.
Le projet autour de l'intégrale de l'oeuvre pour violon et piano est finalement assez récent puisque nous avons découvert la 3e sonate "the meeting of the waters" début 2009. Ce fut un choc esthétique et une adhésion quasi-immédiate. Cette sonate est un grand chef-d'oeuvre du 20e siècle. Le travail pour cette intégrale a été gigantesque, nous sommes partis de loin puisqu'il n'existait pas d'enregistrement (hormis quelques prises de concert avec Greif au piano) ni d'édition. Seule la deuxième sonate a été publiée par Leduc en 1967 et a été enregistrée récemment. J'avoue qu'il est particulièrement intéressant de concevoir un disque en ayant un rôle de défricheur : c'est très excitant! Il se trouve que 2010 est également l'année du 10e anniversaire de la mort de Greif et de nombreux projets de commémoration sont en cours... nous apportons modestement notre pierre a l'édifice !
Comment s’est produite votre rencontre avec Stéphanie Moraly ?
Je connais Stéphanie depuis plusieurs années maintenant, nous avons donné plusieurs concerts en sonate ensemble. C'est une musicienne formidable qui a eu la chance après son cursus au CNSM de Paris de partir étudier auprès de Michèle Auclair à Boston qui l'a rapidement nommée assistante de sa classe!! Elle a un son magnifique et une technique d'une grande pureté. J'adore tout particulièrement son extrême aigu (écoutez les 3 dernières minutes de Meeting, c'est à donner la chair de poule). Elle a également un sens de l'organisation et de l'efficacité dans le travail qui est appréciable( je dirais même plus nécessaire quand on pense au travail énorme que nous avons effectué sur ce disque! )
Pourquoi avez-vous décidé d’enregistré les deux premiers mouvements de 1ère sonate de Greif qu’en fait lui-même avait abandonné en cours de création ? La sonate n°2, composé la même année et qui est quant à elle complète, a valu à Olivier Greif d’obtenir le 1er prix de composition du conservatoire national supérieur de Musique de Paris, que pensez- vous personnellement de celle-ci comparativement à cette première sonate ?
Nous avons trouvé le manuscrit de la première sonate chez Jean-Jacques Greif, le frère d'Olivier, et nous l'avons déchiffrée sur place. Elle date de 1967, Greif à 17 ans et passe cette année là son prix de composition au conservatoire de Paris. C'est dire s'il était précoce !
Il nous est apparu que l'oeuvre était déjà très aboutie et peut-être même trop personnelle pour satisfaire un jury de prix de composition. C'est là une des raisons probables de l'abandon de cette sonate. L'autre hypothèse est que la partie de violon est proprement redoutable et qu'elle comporte quelques "gaucheries" d'écriture, bien pardonnables vu l'age du compositeur, mais qui auraient certainement pu rebuter un instrumentiste peu investi !
Cette sonate est pleine de charme, de vitalité et de contrastes, et laisse transparaitre, plus encore que la deuxième sonate, le futur style de Greif.
La deuxième sonate, quant à elle, est en 4 mouvements et a valu à Greif ses premiers titres
de gloire. Elle est plus classique dans sa facture et fait penser parfois à Hindemith. Nous avons un petit faible pour le 3e mouvement, tout en recueillement.
Olivier Greif a dédicacé sa troisième sonate à la mémoire Dimitri Chostakovitch, n’est-ce pas paradoxal alors qu’on y entend l’hymne américain ? Olivier Greif expliquera quelques années plus tard le titre de sa sonate : « La rencontre des eaux, c’est aussi la rencontre des cultures, des peuples, des musiques, des époques, des lieux, toutes choses dont les deux mouvements de cette sonate se veulent un témoignage. Ultimement et cela seul m’importe, ce titre exprime l’unité indivisible de la création à travers la diversité de ses manifestations »… en quoi retrouvez vous
tout cela dans cette sonate ?


Assurément nous sommes là face à une oeuvre de grande maturité et le style de la 3e sonate est bien différent des 2 premières. Greif a trouvé son souffle, les proportions de la sonate sont bien plus vastes, l'écriture est plus aboutie plus complexe. Tout y est par ailleurs d'une incroyable difficulté technique (aussi bien la partie de piano que celle de violon), et nécessite de la part des interprètes une énergie constante. La "rencontre" dont parle Greif et qui est également une rencontre entre deux interprètes, entre deux instruments, s'apparente souvent à une lutte, à un combat qui exploite à l'extrême les capacités de chaque instrument. Greif aimait beaucoup la musique et l'univers de Chostakovitch. Je dirais que chez les 2 compositeurs, le "quoi" c'est-à-dire le fond importe plus que le "comment" , la forme. On connaît les liens de Chostakovitch avec l'engagement citoyen socialiste. Toute sa musique tend à illustrer cette formule. Chez Greif on trouve cette idée de rassemblement, de fusion des cultures, qui l'amène très fréquemment à utiliser la "citation musicale" comme élément thématique. A titre d'exemple le premier mouvement est construit sur deux citations (qui sont d'ailleurs musicalement très proches) : le thème de la chanson populaire "the meeting of the waters" et l'hymne anglais. Pour lier le tout Greif y rajoute des accords et des rythmes très "jazzy" qui évoquent inévitablement la culture musicale américaine. Quant au deuxième mouvement intitulé "Raga", il mélange des aspects de la musique indienne, avec une écriture plus européenne.

Vous avez ajouté à ces sonates l’enregistrement d’un adagio à caractère méditatif initialement conçu pour constituer le mouvement central de la troisième sonate, connaissez-vous les raisons pour lesquelles le compositeur a choisi d’ôter cette adagio qui offrait pourtant un moment
plus paisible dans cette sonate au caractère très tourmenté ?
Cet adagio très méditatif comporte des éléments du premier et du deuxième mouvement de la sonate. Les raisons pour lesquelles il l'abandonna ne nous sont pas connues, mais il est vrai que Greif appréciait et jouait cette pièce, et c'est pourquoi nous avons décidé de l'inclure dans l'intégrale.

Les variations sur Peter Philips « galarda dolorosa » sont d’un caractère très différents de la sonate n°3 et pourtant composées à la même époque, leur inspiration est aussi très opposée puisque ici il n’est plus question de création mais de guerre et donc de mort …
Le thème de la mort est très présent dans l'oeuvre de Greif et ce dès ses premiers ouvrages. Là encore il utilise un thème préexistant, point de départ d'une série de variations pleines de fantaisie. Au fur et à mesure de la partition Greif distille quelques dissonances qui s'amplifient petit à petit. Greif avait imaginé une fin très "tonale" qui revenait à l'esprit initial du thème. Mais il s'est ravisé pour conclure plus étrangement.
Vous êtes coordonnateur du festival de piano Tempo au Croisic, qui devrait connaître sa deuxième édition bientôt .. pouvez-vous déjà présenter cette nouvelle édition ?
La 2e édition de Tempo aura lieu du 13 au 16 Mai prochains à l'ancienne criée du Croisic.
Le 13 Mai pour le concert d'ouverture je serai en compagnie de la soprano franco-polonaise Urszula Cuvellier, et nous ferons ensemble un programme de mélodies de Chopin et de mélodies russes, entrecoupées de pièces pour piano seul de Chopin et Rachmaninov.
Le 14 Mai Claire Désert viendra faire un récital Beethoven, Chopin, Schumann.
Le 15 Mai à 11h pour le concert "texto", Geoffroy Couteau présentera les variations sur un thème de Schumann de Brahms, qu'il jouera le lendemain.
le 15 Mai à 20h30 François Dumont viendra jouer du Mozart et du Beethoven et sera rejoint par les cordes du trio élégiaque en deuxième partie (2e trio de Schubert.
Le 16 Mai à 11h, concert brunch, tous les artistes se retrouvent pour partager un moment musical et rejoignent ensuite le public pour "bruncher"


Quels sont vos autres concerts et projets ?
Nous serons en concert avec Stéphanie Moraly :
- le 26 mars prochain à 20h30 salle de l'institut à Orléans,
- le 8 Avril prochain 20h30 à l'ENS rue d'Ulm à Paris,
- le 27 mai à 20h30 au salon Adjuvance à Paris
- et le 13 Septembre à 20h au théatre de l'Athénée à Paris
Les programmes alternent des pièces de Greif avec celles d'autres compositeurs. Nous souhaitons mettre ainsi en relief les influences de Greif et sa place dans l'histoire de la sonate française pour violon et piano.
Je serai cet été au festival de Nohant les 21 Juin et 4 Juillet prochains, au festival de la Charité sur Loire le 15 Juillet dans un programme de musique française et le 26 Août au festival de Pontlevoy.
Je serai également aux côtés de mon cher Ensemble Syntonia les 3 Aout à Valognes et 21 Aout à Villers-sur-mer.
L'ensemble Syntonia sort également un CD consacré à Olivier Greif chez Zig-Zag Territoires (sortie prévue mi-avril 2010)

Pour vous procurer ce disque.....cliquez ici (amazon) ou cliquez ici(fnac)

Pour écouter de courts extraits de cette intégrale
de l'oeuvre pour piano et violon d'Olivier Greif
interprétée par Stéphanie Moraly et Romain David

avec l'aimable autorisation du label Triton
cliquez sur les triangles des lecteurs ci-dessous

la sonate n°1 - Intermezzo

la sonate n°2 - Andante

la sonate n°3 "The meeting of the waters" op.70 -allegro vivo

adagio opus 69

Pour en savoir plus sur Romain David...cliquez ici

Pour en savoir plus sur Olivier Greif voici le site internet de l'association Greif : www.oliviergreif.com

Pour visiter la page archive des
"Disques du moment"...cliquez ici

 

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