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Piano bleu

Stephan Oliva à la Chapelle du Méjan

Le mardi 7 mars 2006 à 20 h 30,
le pianiste jazz Stephan Oliva donnera à la Chapelle du Méjan un concert piano solo à l'occasion de la sortie de son album Coïncidences en hommage à Paul Auster.

Stephan Oliva est né en 1959 à Montmorency. Son nom vient de son père d'origine Italienne, c'est aussi par son père et ses "Salades", et l'harmonium... qu'il est venu au piano : "Enfant, j'avais un petit harmonium (de deux octaves). Mais pour moi, c'était comme des grandes orgues. Je m'installais dans l'escalier pour imaginer les tuyaux et avoir de la réverbération! J'improvisais pendant des heures et ça me passionnait tellement que je voulais devenir compositeur. Mon père jouait en amateur du violoncelle, puis il a acheté un piano sur lequel il improvisait de façon très originale ( il appelait ça les "Salades"!).
Il prend ses premières leçons à 11 ans, chez une professeur privée à Paris : " Ca m'intimidait tellement et c'était si important pour moi que je me comportais comme un véritable autiste : pendant des années je ne disais pas le moindre mot à ses cours ! Ma façon de communiquer était de lui offrir chaque semaine une petite composition sur papier. Malheureusement, elle était persuadée que je copiais ou plagiais cette musique. Cela a fini par m'écœurer, et peu à peu, j'ai arrêté de composer ou d'improviser, sans délaisser le piano et la musique classique. Je me suis mis à faire des bandes dessinées pour compenser."
A 17 ans, Stephan Oliva entre à l'École Normale de Musique de Paris : "J'y suis resté trois ans, avec un professeur extraordinaire : Georges Delvallée, pianiste et...organiste ! Pour l'anecdote ça a été aussi le professeur du pianiste de jazz Benoît Delbecq ! En parallèle au classique, le jazz me semblait un complément devenu indispensable pour faire de la musique et pour renouer avec la composition et l'improvisation de mes débuts. Par chance la première personne que je suis allé voir était Éric Watson. J'ai pris seulement quelques leçons (les bases de l'improvisation be-bop) mais le plus important était d'écouter son jeu fantastique et de comprendre qu'on doit s'exprimer avec son propre son, sa propre identité.".
A l'époque Stephan Oliva n'avait aucunement envie de devenir pianiste professionnel et ses premières accroches véritables avec le jazz datent des concerts à la radio sur France Musique : "En particulier les retransmissions de "Live" dans les festivals d'été à cause de leur caractère plus chaud et plus vivant. Je me souviens de John Lewis qui improvisait sur Body and Soul. Je n'avais même pas compris que c'était un thème mais je croyais que c'était le qualificatif idéal à sa façon de jouer. J'enregistrais les émissions et c'est le premier solo que j'ai tenté de relever pour le jouer."
A 19 ans, le déclic se produit alors qu'il dessine une affiche publicitaire pour une compagnie de vols charter, payée en billets d'avions :" Je me suis retrouvé à New-York puis à Montréal et là je vais écouter mon premier concert de jazz: le trio de Bill Evans avec Marc Johnson et Joe Labarberra! C'est un univers entier qui c'est révélé à moi et je n'avais plus qu'une idée: former un trio et m'investir à 100 pour 100 dans cette musique, complètement nouvelle pour moi."
Installé à Montpellier,Stephan Oliva suit notamment un stage avec plein de musiciens américains (Richie Beirach et Quest, Chick Corea,etc..) :" Celui qui m'a le plus marqué était un jeune batteur encore inconnu en France: Joey Baron."

Stephan Oliva crée en 1985 un premier trio piano-contrebasse-batterie avec Bruno Chevillon et Jean-Pierre Jullian puis, en 1987, est co-fondateur d’un trio piano-saxophone-violon avec Thierry Maucci et Christian Zagaria. Il se fait remarquer dès le début des années 90 par son travail en Trio autour de ses compositions. Avec Claude Tchamitchian (cb) et Jean-Pierre Jullian (bat), il enregistre «Novembre» sur OWL Records et obtient le Django d’or «Espoir de l'année 92 : "Je n'accorde aucune importance particulière aux prix et aux concours, même si cela fait toujours plaisir sur le moment car ça apporte une forme de reconnaissance. Mais j'aimais beaucoup ce trio avec Claude Tchamitchian et Jean-Pierre Jullian. On jouait mes compositions mais on répétait souvent jusqu'à ce que chacun s'approprie vraiment la musique et que cela devienne en quelque sorte la véritable partition irremplaçable. Sans aucun contact, j'avais envoyé une simple cassette audio à Jean-Jacques Pussiau qui dirigeait le label OWL que j'admirais. A peine quelques jours plus tard il m'appelait pour me dire qu'il avait eu un véritable coup de coeur sur cette bande et qu'il allait la publier! Il était question récemment de rééditer ce disque... J'aimerais beaucoup !"
Après «Clair obscur» en solo, Stephan Oliva crée avec Bruno Chevillon (contrebasse) et François Merville (batterie) «Jade visions» un autre Trio qui rend un hommage personnel au pianiste Bill Evans. En 1997, Il participe à la collection «Jazz’n (e) motion» qui réunit des improvisations en piano solo sur des musiques de films. Il est l’auteur et l’interprète de la musique du film de Jacques Maillot, «Froid comme l’été» (Prix Italia). Il compose et improvise en direct à l’écran sur le film muet «Loulou» de Georges W. Pabst. : "En fait j'ai fait très peu de musique de film (j'aimerais en faire plus!) mais à chaque fois j'ai vécu des expériences très fortes liées au cinéma. La première c'était un disque d'improvisations sur des thèmes venant du cinéma. C'est le cas de plusieurs standards, mais j'ai préféré m'inspirer de films que j'aimais particulièrement et en retraduire mes impressions de spectateur avec mon piano. Vertigo, La Soif du Mal, Casanova, Le Mépris... Jacques Maillot qui avait acheté ce disque m'a contacté pour la musique de son film. Ce qui est passionnant c'est de rentrer dans la structure profonde d'un film pour finalement ne distiller que l'essentiel aux bons moments. J'ai gardé un peu la même approche en jouant en direct sur des films muets. Mais là on doit être constamment présent ; on devient un peu la pulsation et la respiration de l'image et j'essaie d'exprimer le coté intérieur des personnages, ce qu'ils pensent, ressentent ou n'arrivent pas à extérioriser".
Ses rencontres musicales sont fort nombreuses : en duo avec le pianiste François Raulin, ils explorent la musique du grand pianiste américain Lennie Tristano en un dialogue libre et ludique. Elargi à sept voix, cela aboutira à la création puis au disque «Sept Variations sur Lennie Tristano». En 2001, c’est en quartet que Stephan Oliva revient à ses propres compositions, avec Matthieu Donarier (saxophone), Guillaume Séguron (contrebasse) et Jean-Pierre Jullian (batterie). En 2003, le quartet devient Quintet pour le disque «Itinéraire imaginaire» (voir paragraphe : Ecouter) Depuis 2003, il se produit aussi en trio avec la chanteuse Linda Sharrock et le contrebassisite Claude Tchamitchian . En 2004, il participe avec Jean-Marc Foltz (clarinette) avec qui on peut l’entendre également en duo) et Bruno Chevillon au projet «Soffio di Scelsi»
Plus récemment , en duo avec la chanteuse Susanne Abbuehl, ils revisitent leurs standards préférés : "Avec Susanne on a décidé de fonctionner dans un rythme lent et à l'inverse des habitudes. Quelques concerts réguliers, mais à la demande, et très espacés dans le temps. On développe un concept de morceaux lents, des balades. Et on ne planifie rien. Juste le plaisir de se retrouver pour jouer doucement..."
Ce qu'il dit au sujet de son disque Coincidences : "Son univers parle de choses venant d'un quotidien de la vie que nous partageons tous mais mis dans les reliefs incontrôlables de tous les accidents qui réorientent nos vies... J'aime son style dépouillé, plus proche de la narration que du roman habituel. J'aime l'idée qu'à la lecture, chacun se projette intérieurement un film qu'on réalise soi-même avec son propre imaginaire, et de jouer la musique de ce film invisible. Son livre "La Musique du hasard" possède une force et une originalité extraordinaire. Mais j'aime particulièrement les fondations de la réflexion posées par "L'Invention de La Solitude" et par certains de ses premiers poèmes."
Article de Piano bleu

Coincidences - Stephan OlivaLe pianiste Stephan Oliva, déjà auteur et interprète de musiques de films tel "Froid comme l'été"de Jacques Maillot, a l'expérience de faire coïncider images et musique. Sensible aux atmosphères, il a cette fois eu l'idée de transposer en musique l'univers littéraire de Paul Auster, l'un de ses écrivains contemporains favoris. Il n'est pas question pour lui de réaliser ici la musique d'un livre particulier mais une "musique de livres" : transformer en sons quelque chose qui vient de la "trace des mots", telles des empreintes sur les mondes intérieurs.
Coïncidence : la machine à écrire et le piano partage le même vecteur : le clavier, pour parvenir à son public. Aussi il débute son disque par le son du clavier d'une Olympia (marque de la machine à écrire utilisée par Paul Auster), confiant au contrebassiste Bruno Chevillon, d'en jouer la rythmique.
Si le fait d'utiliser une machine à écrire comme d'un instrument de musique peut faire penser au sketch de Jerry Lewis dans le film "un chef de rayon explosif", l'univers recréé ici est bien différent, car l'univers de l'écrivain est nettement plus austère. Ainsi le second morceau du disque, "La traversée" , repris en écho à la fin de l'album, est inspiré de son premier livre "L'invention de la solitude" dont le thème central est la mort du père de l'auteur. La disparition des êtres est un thème que l'on retrouve dans nombreux livres de Paul Auster, ainsi le titre suivant que Stephan Oliva appelle "Portée disparue" est inspirée du livre "Le voyage d'Anna Blume" dont l'héroïne est une femme juive qui recherche son frère dans une ville en ruines. il serait trop long de parler de l'ensemble des livres de Paul Auster (plus d'une vingtaine)...Le quart d'entre eux ont été repris par des réalisateurs de films, la musique ayant été écrite par des compositeurs tels Rachel Portman,Tom Waits,
John Lurie... Qui sait si le dernier livre de Paul Auster "Brooklynn follies" ne donnera pas lieu a un film... mis en musique par Stephan Oliva ? Ce ne serait pas une musique du hasard pas plus qu'une folie mais bien choix judicieux, car Stephan Oliva retrace avec justesse et grande poésie, l'errance des personnages "austériens" et ce voyage musical nous transporte sans peine dans son univers sombre et profond...cliquez ici ou sur l'image de la pochette du disque pour écouter des extraits et/ou vous procurer ce disque

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