Chopin Métamorphoses Giovanni Bellucci piano

Chopin Métamorphoses

Franz Liszt
Six chants polonais d'après Chopin
Frédéric Chopin
Polonaise " Héroïque"( revision de Frrucio Busoni)
Ferruccio Busoni
Neuf varaitions sur le Prélude en ut mineur de Frédéric Chopin( version posthume)
Frédéric Chopin
Concerto pour piano et orchestre n°1 (orchestration de Carl Tausig)

Giovanni Bellucci, piano
Orchestre national de
Montpellier Languedoc-Roussillon
Alain Altinoglu, direction

Vous avez pu découvrir dans la carte de voeux 2011 de pianobleu.com un extrait du récent disque de Giovanni Bellucci, "Métamorphoses", un des "Chants polonais de Liszt d'après Chopin" qui semblait parfaitement approprié pour faire le pont entre l'année 2010 et l'année 2011 (toutes deux année de bicentenaire, Chopin, puis Liszt).
Giovanni Bellucci, très pris par ces concerts de fin d'année vient juste de répondre à quelques questions au sujet de ce disque... nul doute que le poème ironique de Ferruccio Busoni intitulé "la carrière du virtuose" qu'il rapporte au début de livret n'est aucunement démodée ...et à cela ajoutez aujourd'hui les tracas liés aux avions, la neige, les grèves... :
"Pour commencer, l'horaire des trains. S'y retrouver. Le voilà , enfin page cent trois.
Pas de correspondance. La liaison est-elle donc impossible ? Pas de wagon-lit ? amen, ça ne fait rien.
Ensommeillé et transi, j'arrive à onze heures. Un type est là : "La répétition attend".
"Je n'ai pas encore pris mon petit déjeuner" . Il me répond :"désolé, la répétition est publique".
Allons donc. Je cours hors de l'hôtel, l'adjoint me reçoit sur un ton aigre-doux : "Vous êtes un peu en retard ! Mademoiselle a chanté ses morceaux depuis un moment déjà" .
Je me précipite au piano. Mes habits de voyage, je les porte encore. Mes mains sont froides. Maintenant c'est fait . Malheureusement le critique était là : trop vieux pour sortir le soir. Qu'importe si le soir ça fonctionne à merveille ? La recension se fait à la répétition.
Seulement, pas de bis. Car il est déjà tard et la gare assez loin. Encore trempé, j'atteins mon coupé.
"Messieurs en voiture" ! " et le train est déjà en branle. Et encore une fois on perd sans dîner, et demain matin la répétition est à dix heures
."

Plus sérieusement .... Giovanni Bellucci évoque dans ce disque Chopin sous les regards croisés de Liszt, de Tausig et de Busoni, tous virtuoses du piano. Giovanni Bellucci auteur du livret indique que Liszt admirait Chopin et lui a consacré une biographie dans laquelle il rapporte à propos du compositeur : "Son inspiration était impérieuse, bizarre, irréfléchie ; ses attitudes ne pouvaient qu'être libres. Nous croyons qu'il a fait violence de son génie chaque fois qu'il a essayé de se soumettre aux règles". Liszt préférait le "Chopin des miniatures" et ses six chants dont le plus long dure à peine plus de trois minutes en est un bel exemple.
Les trois autres oeuvres de ce disque sont des premiers enregistrements mondiaux. L'on pourrait s'étonner qu'il a fallu plus de quarante ans à Ferruccio Busoni pour arriver à une version satisfaisante des "Variations sur un Prélude de Chopin" mais si l'on se réfère encore au poème que Giovanni Bellucci a mis en préambule de son livret on peut aussi comprendre qu'outre le fait que c'était certes un très difficile challenge d'allonger une oeuvre miniature par essence parfaite le virtuose avait très peu de temps disponible ! Chopin lui a pu se consacrer pleinement à la composition car il n'a donné qu'une trentaine de concerts dans sa vie, n'aimant pas cela : " Je ne suis pas fait pour donner des concerts disait-il ; la foule m'intimide , je me sens asphyxié par sa respiration haletante, paralysé par ses regards curieux, comme muet face à ces visages étrangers" rapporte encore Franz Liszt dans sa biographie sur Chopin, évoquant également ce que Frédéric Chopin disait quant à lui de Liszt : " toi, au contraire, tu es destiné à reproduire en concert , car tu ne gagnes pas ton public, tu as de quoi l'assommer"... cependant il se trompait puisque Liszt choisit de se soustraire à la carrière de virtuose itinérant à l'âge de 35 ans.
Fort heureusement pour nous Giovanni Bellucci lui, même s'il confie que ce poème de Busoni est proche de la réalité, donne encore multiples concerts et c'est lors d'un concert le 9 octobre 2009 dans la belle salle de l'Opéra Berlioz du Corum de Montpellier qu'il a interprété, avec l' Orchestre national de Montpellier Languedoc-Roussillon sous la direction d' Alain Altinoglu, la version réorchestrée par le virtuose polonais Carl Tausig du Concerto n° 1 de Chopin, une très belle version comme vous pourrez en juger grâce à la vidéo du splendide, et fort émouvant ici, du second mouvement "romance", et en écoute également le premier mouvement.
Que pensez-vous du poème ironique "la carrière du virtuose" de Ferruccio Busoni que vous retranscrivez dans votre livret du disque , vous semble-t-il proche d’une réalité que vous même avez pu vivre vous-même à notre siècle ?
J'ai pensé à mettre dans le livret du CD ce court, sympathique , poème de Ferruccio Busoni
car il dresse un portrait inquiétant de l'activité la plus frénétique du concertiste, un métier qui est, par contre, imaginé par le public comme quelque chose d'agréablement excitant.
D’après mon expérience personnelle, je peux certainement confirmer que le petit texte de Busoni n'était nullement une exagération.
Liszt préférait le « Chopin des miniatures » , partagez-vous son avis ?

Je suis d'accord avec l'idée de Liszt, selon laquelle Chopin est le maître incontesté de la synthèse.
Cela ne veut pas dire que Chopin est un compositeur incapable de gérer des structures à grande échelle tels que la forme sonate, car ses trois sonates pour piano et la sonate pour violoncelle et piano ont de nombreux aspects intéressants et personnels. Mais je crois que Liszt a raison quand il dit que la créativité de Chopin ne supporte pas les règles.
Plus particulièrement que pensez-vous des concertos de Chopin ?

Les deux Concertos de Chopin sont des oeuvres extraordinairement riches en trésors, et doivent être comptés parmi les chefs-d'oeuvre du répertoire pour piano, surtout quand on considère qu'ils furent composés par un teen-ager !
Vous avez choisi d’enregistrer une version dont l’orchestration est revue par Carl Tausig, n’auriez vous pas vous-même eu envie de revoir autre chose dans ce concerto que vous avez d’ailleurs enregistré en concert ?
Tout d’abord, il semble que Chopin n'a pas en fait orchestré par sa main ses concertos pour piano et orchestre. Vers 1850, soit immédiatement après la mort du compositeur polonais, ces deux concertos étaient jugées comme des oeuvres insuffisantes pour l’exécution au public, en raison des lacunes dans l'utilisation de la masse orchestrale. Il n'est donc pas surprenant que des solistes-compositeurs comme Tausig, et ensuite Balakirev, décidèrent d'attribuer à l'orchestre un rôle plus important, en réorchestrant (exclusivement) le Premier Concerto.
Tausig a, en particulier, même recomposé l'exposition orchestrale du premier mouvement, en la transformant en une introduction monothématique, permettant ainsi au soliste d'avoir enfin la priorité dans l'exécution du merveilleux thème mélodique avec lequel nous tous identifions le Premier Concerto de Chopin.
Les transcriptions des chants polonais de Chopin par Liszt sont moins réputées que les transcriptions de lieder de Schubert , quelle en est à votre avis la raison et que pensez-vous personnellement de ces six pièces ?
La fragilité des matériaux constitutifs de lieder de Chopin, est, à mon avis, la cause de l'incidence plus élevée de l'intervention de Liszt dans sa transcription des Six Chants Polonais par rapport aux transcriptions des lieder de Schubert. Et nous savons à quel point toutes les œuvres originales de Liszt ont lutté pour s’affirmer dans le répertoire des pianistes... C'est une injustice à laquelle j'ai humblement tenté de remédier avec cet enregistrement.
Liszt et Chopin sont deux compositeurs que vous connaissez bien, que pensez-vous de l’amitié qui les liait et du fait que Chopin se soit tromper en déclarant que Liszt était destiné à se produire en concert alors qu’il a décidé de se soustraire à sa destinée de virtuose itinérant ?
Chopin a été, et - je voudrais y ajouter - à juste titre, complètement immergé dans son monde poétique. Comment pouvait-il, même en admirant et en connaissant Franz Liszt le virtuose de succès des années 1830, repérer ses doutes et ses tensions internes, comme les signes annonciateurs de l'évolution future du compositeur hongrois ? Reparcourir l’histoire à rebours est peut-être une méthode trompeuse. Liszt aussi s’est d’ailleurs trompé en considérant la Polonaise-Fantaisie op. 61 de son ami Chopin comme l’oeuvre décevante d’un homme fatigué par la maladie.
Liszt admirait chez Chopin sa capacité à synthétiser un récit exhaustif purement sonore , en un saisissant raccourci…. aussi que pensez-vous du choix de Ferruccio Busoni d’écrire des variations sur le prélude en ut mineur de Chopin et donc de transformer une œuvre synthétique en une
œuvre plus longue ?
Busoni, dans un premier temps, à l’âge de 18 ans, a élaboré une très longue série de variations sur Prélude de Chopin en ut mineur. Un essai qui en dit long sur le talent du jeune pianiste et compositeur italien. Evidemment, la première version de ces variations (et fugue) était une composition encore immature, avec un style hybride, dans laquelle s’alternaient aperçus brillants et banalités dictées par l'inexpérience. La version que j’ai enregistrée est le distillat final d'un long processus de révision et maturation de Busoni.
Rachmaninov aussi a composé des célèbres variations sur le Prélude en Ut mineur de Chopin, mais elles semblent stylistiquement plus rétro par rapport à la version posthume de Busoni présentée dans mon enregistrement.
Vous avez également enregistré sur ce disque en première mondiale, la Polonaise op53 revue par Busoni, pouvez vous expliquez ce que Busoni a précisément apporté, ou supprimé, comme modifications à la partition originale et en quoi elles vous semblent améliorer l’œuvre ?
Dans sa version, Busoni redistribue entre les deux mains les notes de la Polonaise Héroïque originale de Chopin, et il le fait d’une façon très personnelle.
Cette intervention modifie la couleur générale du son du piano, qui devient plus orchestrale, plus variée. Dans le passage très virtuose en octave, la possibilité de reposer le bras gauche donnée au pianiste par Chopin est supprimée par Busoni. Busoni – là où Chopin interrompt humainement le mouvement perpétuel des octaves – continue à entraîner des souffrances pour le malchanceux pianiste...
Vous rapporter dans le livret des propos de Beethoven : « le texte n’est qu’une trace… » . Vous même en concert jouez-vous avec ou sans partition et vous arrive-t-il d’apporter des modifications à des œuvres porté par l’élan de la représentation ?
J'ai presque toujours joué par coeur, parfois avec la partition sur le pupitre. Mais cela n'a aucune importance par rapport aux possibilités infinies de personnaliser la matérialisation sonore d'une oeuvre musicale, et de régler “in progress” l’utilisation des différents paramètres dont dispose un pianiste. La pédale de résonance, l’acoustique de la salle, la sonorité et le réglage de l’instrument, ce sont des ingrédients fondamentaux, mais le plus important c’est que l’écoute attentive doit permettre à l’interprète de modeler les rapports et les proportions entre les intensités des différents moments psychologiques dont chaque morceau de musique est doué. On peut, par ailleurs, trahir la vérité d’une composition sans changer une note écrite par l’auteur, malheureusement.
L’année 2011 sera l’année du bicentenaire de naissance de Liszt , avez-vous des projets particuliers à cette occasion ?
Oui, beaucoup. En 2011 je jouerai (et j’enregistrerai pour Universal) l’intégrale des Rhapsodies Hongroises de Liszt, je jouerai toutes les oeuvres pour piano et orchestre du compositeur hongrois, sa Sonate en si mineur, les Années de Pelèrinage, les Etudes, ses Papraphrases d’Opéra, ses transcriptions des Symphonies de Beethoven... Et je jouerai aussi la version originale inédite pour piano et choeur de l’Oratorio Christus, une véritable découverte pour moi et pour le public. 

 

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A écouter entièrement
GIOVANNI BELLUCCI, PIANISTE
ORCHESTRE NATIONAL DE MONTPELLIER
ALAIN ALTINOGLU, DIRECTION
LIVE RECORDING
FIRST MOV. ALLEGRO MAESTOSO
A voir et écouter : Chopin, Romance, Concerto No. 1 op. 11
Giovanni Bellucci, pianiste Orchestre National de Montpellier, Alain Altinoglu direction
octobre 2009

 

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