Americas Dominique Fillon

Americas
Dominique Fillon, piano
Nic Cecire, batterie
Steve Rodby, basse
Invités :
Youn Sun Nah, chant
Ulf Wakenius, guitare
Olivier Roman Garcia, guitare

Ce n'est ni au Japon ni dans l'espace que Dominique Fillon nous conduit cette fois comme l'on aurait pu peut-être s'y attendre à lire sa précédente interview sur son parcours (voir ici), mais il est vrai qu'avec ce pianiste, compositeur, arrangeur et réalisateur, avide de rencontres musicales il faut s'attendre à nombreux détours avant d'arriver à destination... et un voyage vers les amériques avait aussi toutes les bonnes raisons de s'imposer pour cet amoureux de la samba et du jazz.
Ainsi l'on devine qu'il n'a pas du se faire beaucoup prier pour suivre les conseils du bassiste Steve Rodby, déjà présent sur son précédent disque, même si c'est un batteur australien, Nic Cecire, qui vient compléter le trio cette fois-ci. Certes la terre est parfois trop grande et les autres invités sur différents titres n'ont pas pu directement participer à ce voyage mais qu'importe : chacun est venu apporter son accent personnel car pour Dominique Fillon "L'accent d'une mélodie prend une autre saveur lorsqu'elle passe par les doigts des musiciens du monde. Un batteur australien d'origine italienne, un bassiste de Chicago au nom danois, une chanteuse de jazz coréenne, un guitariste suédois ou un autre du sud de la France, chacun d'entre eux peut apporter un peu de son histoire et beaucoup de son accent pour mélanger les influences et les courants des amériques". Ces derniers ont donc eu toute liberté pour exprimer leur accent personnel puisqu'ils étaient éloignés, ainsi la chanteuse Youn Sun Nah illumine l'enregistrement par le sien le temps de deux splendides chansons nostalgiques. Quant aux deux guitaristes, le son de leur instrument n'a effectivement rien de similaire et chacun apporte des couleurs très différentes mais toutes deux en parfaite harmonie avec celles du trio, offrant en résultat un disque très chaleureux dans une musique toujours d'une grande délicatesse où les douces mélodies appellent plus au farniente qu'au stress.

Bref une musique idéale pour cet été mais n'allez cependant pas croire que vous vous endormirez sous le soleil ainsi écoutez une des compositions de ce disque, le morceau "Diabolo 66" dans la seconde vidéo ci-dessous enregistrée lors d'un concert avec une autre formation où l'on retrouve le guitariste Olivier Roman Garcia et bien sûr Dominique Fillon... une composition qui explique-t-il dans l'interview ci-dessous "part du latin Jazz New-yorkais pour finir sur la côte ouest avec le groove." ... encore un beau voyage !
Vous avez souhaité que ce disque soit enregistré par votre trio à Chicago, que pensez-vous personnellement de cette ville, et que vous a apporté personnellement cette ville ?
Chicago a été choisi car c'est la ville où habite mon ami Steve Rodby, bassiste de Pat Metheny, qui a joué sur mon album précédent. J'ai aussi choisi Chicago pour le Studio CRC, où Patricia Barber a enregistré tous ses albums. C'est une ville magnifique. Très grande, mais très chaleureuse aussi, paradoxalement. Steve m'avait dit que c'était "provinciale" comme Lyon ou Marseille. Effectivement, son centre est très chaleureux. Nous étions en plein centre et nous avons pu tout faire à pied pendant ces 15 jours.
Les gens sont très facile d'accès, parfois c'est eux qui viennent vers vous pour vous parler.
Et dans les restaurants, ils sont toujours super cool et accueillants.
Quand on pense à tout ce qui s'est passé dans cette ville...c'est vraiment génial d'y être.
Combien de disques de Jazz, de spectacles, de films etc... Les premières heures où j'étais dans cette ville, j'ai écouté ma musique avant de l'enregistrer. Et elle sonnait différemment , elle avait pris un certain accent. J'ai décidé de garder certains titres et pas d'autres... C'est exactement ce que j'étais venu chercher.
Comment s’est réparti votre travail de composition pour cet album…notamment l’inspiration ne vous est-elle venue qu’à Chicago ou aviez-vous déjà "rodé" vos compositions ? Et qu’elle est la part d’improvisation sur place ?
J'avais quelques titres composés pendant les tournées de "Détours". Un des premiers fut "Sur la terre étrangère". C'est une chanson très ancienne que ma mère tenait de son arrière-grand-mère qui elle-même l'avait apprise de son arrière-grand père soldat de Napoléon ! Je m'amusais à ré-harmoniser cette mélodie.
La deuxième composition fut "Didier Road", composée pour un film. Dans "Didier Road", j'avais trouvé un son entre la musique latine et le blues. Je commençais à trouver la couleur de l'album.
Americas fut le titre qui a définitivement donné le ton général. C'est un morceau composé d'abord sur une guitare, chez Marcio Faraco lors d'un diner chez lui. Je lui prends sa guitare et j'improvise cette suite d'accord et cette mélodie. Puis je l'ai affinée au piano et encore une fois, je me trouvais dans ce mélange entre les deux amériques. Cette fois entre samba et gospel.
Le reste fut composé pratiquement d'une traite en août dernier où je m'étais enfermé chez moi pour composer.
Vous avez choisi pour batteur Nic Cecire, dans quelles circonstances l’avez-vous rencontré et quelles sont les qualités que vous appréciez chez lui ?
A un moment il a été question d'enregistrer en Australie, car l'ingénieur Helik Hadar allait y passer beaucoup de temps. J'ai donc commencé une recherche et je suis tombé sur une chanteuse merveilleuse qui s'appelle Elizabeth Geyer. Nic est son batteur, j'ai immédiatement flashé sur son jeu et je suis rentré en contact d'abord avec Elizabeth puis avec lui, grâce à elle. Son jeu est génial. Entre Jazz et Pop, une technique très Jazz, il faudrait que vous le voyez jouer. Très élégant toute en finesse mais aussi une culture pop et latine qui lui permet de comprendre mes compositions. Et en plus c'est un homme charmant. D'origine italienne, et un peu française. Son nom se prononce d'ailleurs à la française : Cécire. Il parle avec ses mains comme les italiens !
Par ailleurs vous avez souhaité avoir trois invités de différentes origines mais pas américains, ainsi une chanteuse coréenne, un guitariste suédois et un autre guitariste du sud de la France qui interviennent sur différents morceaux soit au total neuf des douze compositions … pourquoi ce choix ?
Un coup de foudre en entendant Youn Sun sur TSF dans ma voiture. Je me suis dit que cette fille chanterai merveilleusement bien la bossa. François Lacharme m'a mis en contact avec elle et on s'est rencontré. Sa façon de faire du Jazz est vraiment super et très personnelle. Elle a son accent et c'est ce que je cherchais dans cet album. Que chacun amène son accent, ses origines, son goût.
"Life after you" a été composée pour Youn Sun, et elle a choisi mon Ami Matthew Andrae (artiste apache que je produis), pour écrire le texte.
"Where I come from". Même chose mais là j'ai orienté délibérément le texte vers cette idée "d'où je viens" car cette musique me faisait penser à la musique de mon enfance. Comme si je disais qu'après avoir joué toute ces musiques du monde, ce morceau racontait la musique d'où je venais.

Puis Ulf Wakenius parce qu'il m'avait contacté sur myspace il y a quelques années. Son jeu est incroyable et se situe très près de ce que j'aime. C'est aussi un grand fan de Metheny. D'ailleurs, il m'a été recommandé personnellement par Metheny. Il joue trois morceaux : "Sur la terre etrangère"," Live it up", et "Do your thing" :" Live it up" est le dernier morceau composé quelques heures avant que je monte dans l'avion pour Chicago. Un petit plus que je gardais au cas où....
Quand je l'ai proposé aux musiciens ils ont tenu à le jouer car il avait un goût particulier.
Un groove chacha très californien. "Live it up" veut dire un peu "Carpe diem"...
"Do your thing" était d'abord un Choro, composé à la guitare, qui s'est transformé un peu en beebop grâce au jeu de Nic. Il joue très jazz sur les cymbales. Ulf avec sa guitare nylon est vraiment super dans ce mélange Choro-beebop.

Et Olivier Roman Garcia, parce qu'il joue avec moi sur scène et qu'il est très bon. Lui aussi se situe dans un univers très proche du mien et je tenais a ce qu'il soit sur ce disque. D'abord pour un ou deux titres et finalement quatre, tellement il s'est intégré à se projet.
"Diabolo 66", qui part du latin Jazz New-yorkais pour finir sur la côte ouest avec le groove. C'est le chemin que parcours la route 66. Diabolo parce qu'il y a des mesures impaires dans ce morceau et qu'à une époque les mesures impaires étaient "diaboliques" !!!
" Rain and Serein" : Composée après quelques jours passés avec Herbie Hancock. Nous avons beaucoup parlé ensemble et j'étais chargé de cette incroyable sérénité qu'il a. Cette musique m'est inspirée pas sa sérénité et son élégance. C'est aussi un jeu de mot car il pleuvait ce jour là, et Serein est aussi le nom d'un pluie. Celle qui qui survient parfois en été au moment du coucher du soleil dans les vallées humides.
"Didier Road"...Composée donc pour une musique de film en 2008.
Et "Life after you", la guitare électrique apporte un son jazz à cette bossa. Je ne voulais pas qu'elle sonne brésilienne. Car ce projet parle d'accent. Pas de carte postale des musiques, mais plutôt des évocations à travers les accents de chacun.
L’enregistrement a été réalisé en fait dans différents lieux, à Chicago pour le trio et séparément pour les invités... pouvez-vous expliquer cette démarche ? Et comment avez-vous vécu cet enregistrement tant à Chicago que dans les autres lieux: notamment êtes-vous personnellement allé dans chaque lieu d’enregistrement , comment cela s’est-il organisé ?
Chicago donc, pour le trio, le studio et cet ingénieur merveilleux qui nous a rejoint la-bas, Helik Hadar avec lequel je travaille depuis 2 ans. Il est l'ingénieur de Larry Klein et a fait avec lui : Madeleine Peyroux , Tracy Chapman, Joni Mitchell, Herbie Hancock. Pour les autres studios, il s'agit du mien pour le mix et les prises d'Olivier. Youn Sun en pleine tournée ne pouvait pas venir à Paris, elle a donc enregistré à Séoul et m'a envoyé ses pistes. Même chose pour Ulf en Suède. Les laisser faire fut très amusant. Quand on reçoit les pistes, on découvre tout cela d'un seul coup.... Maintenant, j'avoue que dans l'absolue je préfère être là et vivre l'instant avec les artistes. Mais quand ce n'est pas possible, la modernité des technologies nous permet de faire ces petits miracles !
Avez-vous des projets de concerts où vous serez tous réunis ou d'autres projets de concerts et enregistrements ?
Pas de concerts avec tout le monde pour l'instant, car vous imaginez les difficultés pour les avoir tous...mais ce serait top !
Mon groupe actuel présentera cet album au Sunside le 5 juin avec Olivier Roman Garcia, Kevin Reveyrand et Francis Arnaud.
Kevin et Francis forment d'ailleurs une rythmique terrible avec laquelle j'aimerai enregistrer un autre album dans le futur. Puis nous partirons cet été pour une belle tournée Japonaise.

Pour vous pré-commander ce disque qui sort le 3 juin 2010..cliquez ici (amazon) indisponible sur le site de la fnac

A voir : deux vidéos

EPK du disque

Diabolo 66

Americas

et petit cadeau supplémentaire : Dominique Fillon chante, fort bien aussi, la chanson Life after you écrite pour Youn Sun Nah qui ne pouvait être là lors du concert où cette vidéo a été enregistrée

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