La vie passionnée et douloureuse de Robert et Clara Schumann

Communiqué

ROBERT ET CLARA S.

La vie passionnée et douloureuse de
Robert et Clara Schumann

de Jacques Beauvois


Mise en scène : Marie-Christine Barrault
Scénographie & lumière : Charlie Thicot
avec : ANNE CONSTANTIN et JEAN-LOUIS CASSARINO

Du 6 au 28 juillet 2007
Festival Off d'Avignon

 

Robert et Clara S.

Hoelderlin comme Robert Schumann fut tenté de rejoindre par le suicide sa bien aimée et comme lui mourut dans un asile.
"Un signe, tels nous sommes, et de sens nul,
Morts à toute souffrance et nous avons presque
Perdu notre langage en pays étrangers."
Comme Hoelderlin à la fin de sa vie, le musicien avait presque perdu le don de créer. Le langage, l'écriture du musicien comme ceux du poète étaient incohérents tant la douleur était forte. La souffrance s'exerce sur un objet : elle peut être combattue, apprivoisée ; en revanche, la douleur est en soi, inexprimable, indicible… et pourtant n'est elle pas entendue dans les Scènes d'enfants ainsi que dans toutes les pièces pour piano de Robert Schumann ?
L'art de Robert Schumann est de nous dire l'indicible, mais la mélancolie de ses mélodies nous atteint d'autant plus qu'elle succède ou s'accompagne d'un rythme plein de flammes.Quand disparaît la passion, disparaît la douleur. La musique de Robert Schumann à la fin de sa vie est comme " la statue de Vénus, effroyablement blanche et immobile ".
Quel est le rôle de Clara Schumann dans cette tragédie romantique ?
À la demande de Robert adulte de 25 ans, pourtant si fragile : " N'oubliez pas de m'écrire " oui " " " j'ai besoin de cette sécurité " ; elle répond à seize ans avec force et passion : " Du fond de moi-même, je vous dis à l'oreille " oui " et pour l'éternité. "
Ondine est la princesse du monde aquatique, Clara, celle du monde musical.
Comme Ondine, elle est prête à se séparer de son père pour connaître la douleur alors qu'elle ne connaissait que la sérénité.
" Et maintenant, j'ai une âme et c'est ton amour ô bien aimé qui me l'a value. "
Elle sait pourtant qu'elle n'entre pas dans le monde imaginaire de Robert Schumann.
De ce monde, elle est un reflet, une image d'Emilie la sœur perdue…
Si grandes sont sa passion et son admiration pour le compositeur qu'elle lui consacre toute sa vie de femme et d'interprète.
Considérée comme la plus grande pianiste de son temps à l'égal de Chopin ou de Liszt, elle se battra contre son père, son professeur de piano qui redoutait pour elle, pour son art, la maladie maniaco-dépressive de cet auteur de génie.
A la mort de son quatrième enfant Emil, elle tint secrète sa propre douleur pour ne s'inquiéter que de celle de Robert.
" Tu es mon frère, mon enfant, mon amour. " Clara est en effet la sœur, la mère, la femme passionnée que Robert contemple à travers le miroir du fleuve.
Et puis c'est le drame, " Clara, je perds la raison, je suis envahi de musique divine… "
Robert, un soir de carnaval, plonge dans les eaux du fleuve, geste identique à celui d'Emilie sa sœur 30 ans plus tôt… Mais le destin ne veut pas de cette alliance contre-nature et Robert est vivant… mais pour combien de temps ?
" Sans doute devrais-je vivre tel une ombre, et plus rien pour moi n'a plus de sens ! "
Le dimanche 4 mars est arrivé ! Robert part pour l'asile d'Endenich où il mourra 3 ans plus tard : " Dans les lointains où j'aimerais aller m'attend une amante… "
Jacques Beauvois

BIOGRAPHIES

Marie-Christine Barrault
Après des débuts à la télévision, Marie-Christine Barrault entame une carrière au théâtre en 1965 dans des textes de Max Frish, Corneille, Sarraute, Claudel, Tchekhov, O'Neil, Marguerite Duras… sous la conduite de metteurs en scène exigeants comme Gabriel Garran, Roger Planchon, Raymond Rouleau ou Jacques Rosne.
Son entrée au cinéma se fait sous la direction d'Eric Rohmer dans " Ma nuit chez Maud " avant d'être l'inoubliable interprète de " Cousin, cousine " de Jean-Charles Tacchella qui lui permet d'être nommée pour l'Oscar de la meilleure actrice de l'année 1976.
Elle alterne alors le théâtre, le cinéma (Woody Allen, André Delvaux, Andrzej Wadja…) et la télévision (avec des réalisateurs comme Jean Lhôte, Claude Santelli, Michel Boisrond, Roger Vadim…) où elle incarne des personnages forts adaptés de la littérature et de la réalité tels que Marie Curie ou Jenny Marx.
Marie-Christine Barrault a créé un spectacle de chansons, " L'Homme Rêvé ", joué au Théâtre des Bouffes du Nord puis en province et fait paraître un livre chez Robert Laffont, " Le Cheval dans la Pierre ".
Elle aime de plus en plus travailler en compagnie de musiciens sur des spectacles mêlant musique et texte.
Avec la pièce " Robert et Clara S. " de Jacques Beauvois, Marie-Christine Barrault réalise aujourd'hui sa première mise en scène.

Anne Constantin
Entrée à 12 ans au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, Anne Constantin obtient ses premiers prix de piano et de musique de chambre à 16 ans.
Enfant prodige comme Clara, à 9 ans, elle donne son 1er concert en hommage à César Franck en direct sur Radio France. A 16 ans, elle obtient le Prix Alfred Cortot et est finaliste du concours Vercelli.
A 18 ans, c'est sa première rencontre théâtrale : elle joue avec les élèves de Francis Huster dans le cadre des cours Florent la pièce Good.
A 20 ans, elle interprète le Concerto n° 23 de Mozart au Théâtre des Champs Elysées avec l'Orchestre des Jeunes Solistes de Paris (concert retransmis par Radio Monte-Carlo).
Finaliste du Concours Mozart, elle est sollicitée par Thésis pour enregistrer un disque de Sonates et de fantaisies de Mozart, puis elle en enregistre un second consacré aux Sonates pour piano et violon de Franck, Debussy et Mel Bonis ; les critiques sont très élogieuses.
Attirée par la comédie, elle suit des cours d'art dramatique chez Jean Laurent Cochet. Cette pièce a été écrite pour lui permettre de s'exprimer à travers ses deux passions.

Jean-Louis Cassarino
Jean-Louis Cassarino a été révélé à Anne Constantin et Jacques Beauvois à la première des Bacchantes de Jean-Yves Pénafiel.
Ce visage fort et tendre à la fois, cette puissance et cette mélancolie, cette voix de baryton-basse capable de douceur et de folie, c'était Robert Schumann.
Dans Libération, René Solis compare Jean-Marie Villégier dans le rôle d'Orgon à Pierre Brasseur et Jean-Louis Cassarino à Louis Jouvet.
Au festival de Wiltz où il joue le rôle de Néron dans Britannicus, il est dirigé par
Jean Davy.
Autodidacte, Jean-Louis Cassarino fit à 20 ans ses premières armes au théâtre chez Charles Dullin pour parfaire son métier d'éducateur d'enfants autistes. Ce fut le coup de foudre,
il sera acteur. Pour payer ses études, il obtient à l'Opéra Garnier le rôle de majordome du grand Pavarotti.
Il est remarqué par le metteur en scène de Le Bouc de Fassbinder qui après une seule audition lui donne le rôle titre. Plus tard, il entre en classe libre de Jean-Laurent Cochet sur concours inter-conservatoires. Le maître va tailler dans ce diamant brut, l'acteur subtil et tendre, violent et fou que vous allez entendre.
Depuis il a travaillé avec des metteurs en scène comme Laurent Serrano, Jean-Marie Villégier, Farid Paya, Alain Barsacq, Joël Dragutin, Patrick Batty, Jean Davy, Jean-Yves Pénafiel…
Il a interprété autant de grands rôles du répertoire (Dom Juan, Tartuffe, Octave des Caprices de Marianne, Mafio Orsini dans Lucrece Borgia…) que de rôles de création.
Anne Constantin, dans L'Ombre d'Emilie est une Clara passionnée et déterminée. Jean-Louis Cassarino est un Robert Schumann fragile et incertain.
HISTOIRE DE ROBERT ET CLARA SCHUMANN

Robert Schumann est mort en 1856, il y a 150 ans. Clara qui tenait un journal aurait pu écrire ainsi les grandes étapes de leur amour passionné et douloureux.
Jacques Beauvois

20 février 1854
C'était un soir de Carnaval… Les danseurs masqués m'empêchaient de te rejoindre… Sur le pont du Rhin, il fallait acquitter le passage. Tu tendis maladroitement ton mouchoir de soie blanche au gardien… Ce mouchoir de soie blanche tu le tenais de ta sœur Emilie qui s'était suicidée dans les eaux de la Mulde à Zwickau : tu avais 15 ans… elle en avait 18 !
1828
C'est chez le docteur Carus que nous nous sommes rencontrés pour la première fois. Wieck, mon père, était fier de sa petite fille de 9 ans qui jouait Mozart à la perfection… Impressionné par son enseignement, tu t'installas chez nous…
1832
Dans un souci de perfection maniaque, tu inventas cette machine diabolique qui te fit perdre l'usage de ton annulaire. Dépressif, tu t'installas chez Schünke, cet ami si beau presque féminin, qui te sauva la vie… tu m'apportas tes Papillons opus 3… je me souviens t'avoir dit : " Votre musique est si belle… si étrange… ".
1834
Tu créas avec enthousiasme une nouvelle revue musicale pour pourfendre les musiciens du salon. Tu réunissais tous tes amis - les compagnons de David - au Kaffee Baum.
1835
Tu te fianças avec Ernestine, ma meilleure amie, plus âgée que moi…
Je t'aimais en silence… par une belle soirée d'automne tu me déclaras ta flamme.
1836
À la mort de ta mère, tu partis pour Zwickau. À ton retour, tu me dis ce rêve étrange où dans une ronde folle, Emilie, ton père, ta mère t'entraînaient vers la tombe. Mon père, ulcéré de nos rencontres, me dicta une lettre de séparation…
1837-1838
À mon retour de Leipzig, je lui imposais de jouer tes Etudes symphoniques opus 13.
Tu entras dans ma loge et me demandas de t'écrire un " oui pour l'éternité ". Tu fis une tentative de réconciliation, mais il t'accabla : " vous avez tué votre mère ! "
Le jour de mon 18e anniversaire, devant tous ses amis et cet affreux Bank qui me faisait la cour, je refusais de jouer.
Sa réaction fut violente : " Tu es mineure et ne peux te marier sans mon consentement ! "
Je ne comprenais pas que mes lettres, te disant mes triomphes et les hommages des galants, te faisaient mal… car tu composais des pages pour piano magnifiques… la Fantasiestücke opus 12 où tu évoques la légende de Héro et de Léandre, les amants séparés : " Voyez-la se jeter dans le fleuve ! Elle appelle, il répond à travers les flots… et la nuit revient qui enveloppe tout de ses ténèbres "
Dans les Kreisleriana opus 15, tu prends les habits de Kriesler qui affronte le démon.
Dans les Scènes d'Enfants opus 16, tu évoques la légende un monde étrange, un monde lointain.
Dans les Novelettes opus 21, les 3 sorcières d'Hamlet t'apparaissent comme dans un cauchemar prémonitoire. Dans ta Fantaisie opus 17, n'es-tu pas le Heinrich de Novalis qui demande à Mathilde où est le fleuve et qui s'entend répondre : " Ne vois-tu pas ses ondes bleues au-dessus de nous ? "
1839
J'étais partie pour Paris organisant seule mes concerts. Un soir, dans un salon où d'affreuses commères couvraient de leur bavardage ma sonate de Mozart, je les faisais taire en attaquant avec violence ta Fantaisie… Berlioz annonçât à cette basse-cour stupéfaite : " C'est de Robert Schumann… un génie ! "
1840
Ce fut le procès en 2 temps, le juge nous donna enfin l'autorisation de mariage.
Dans le regard de mon père, je lus : " Je vais être si seul ! "
Tous nos amis étaient là dans cette petite église de Schönefeld. Mendelssohn chanta un des 130 lieder que tu avais composés où je crus entendre cette douleur d'enfance : " Tes lèvres s'ouvrent, tu dis un mot. Tu m'offres des fleurs, les fleurs de la tombe "
1840-1844
" Un piano pour deux "… c'était l'allégresse dans notre petite maison de Leipzig.
Marie naquit.
Tu composais de la musique de chambre et nous réunissions nos amis pour la jouer.
Tu triomphais enfin avec ta symphonie " Le Printemps " que Mendelssohn dirigea au Gewendhauss, mais c'était à Lepzig. À Vienne, où je jouais, on te demanda si tu étais musicien. À Oldenbourg, tu ne fus même pas invité !
En Russie, j'obtins un triomphe mais tu en avais assez d'être " Monsieur Clara Schumann " !
À notre retour de Leipzig, tu attaquas ton Faust. Épuisé, dépressif malgré la naissance de notre deuxième fille, tu eus tes premières crises. Une musique hallucinatoire envahissait ton cerveau comme un enfer de sons.
On te refuse la direction du Gewendhaus que Mendelssohn avait quitté.
Nous partîmes pour Dresde avec nos deux filles.
1845-1846
Mais Dresde était une ville morte malgré Wagner qui y dirigeait la musique.
Avec ton romantisme si intérieur, tu ne pouvais t'entendre avec ce génie trop exubérant ! Nous partîmes pour Vienne qui fut un cauchemar. Tu avais des crises violentes qui terrifiaient nos trois petites filles.
1847
Ce fut le retour pour Dresde et la naissance du petit Emil au funeste prénom !
Il mourut ; je hurlai de douleur… tu restas prostré… puis disparut notre cher Mendelsohn…
1848-1850
Avec la naissance de Ludwig, ce fut la révolution à Dresde. Wagner était sur les barricades qui voulait enrôler tous les hommes valides. Dans l'enfer de notre ville en feu, j'organisais notre fuite vers la campagne où tu composas Manfred amoureux de sa sœur Astarte disparue.
Dans tes cauchemars, Astarte prenait le visage d'Emilie puis le mien et te prédisait ta mort prochaine…
1850-1853
Enfin ton génie allait être reconnu par tous ! Nous nous installâmes à Düsseldorf où l'on te confia la direction de l'orchestre. Tu composas la Symphonie Rhénane en l'honneur du fleuve qui coulait à 200 mètres de chez nous.
Tous les bruits se transformaient en musique, " musiques d'anges puis de démons… ", et par-dessus tout ce " la " qui se répétait, note d'accord pour tous, note d'enfer pour toi.
Avec nos 6 petits-enfants effrayés, je priais pour que tu recouvres la santé.
20 février 1854
C'était un soir de Carnaval… J'entendis ton hurlement…
Les danseurs étaient comme pétrifiés…
" Brillant à sa surface, le Rhin cache en son fond la nuit et la mort… Mais le fleuve te rejeta vivant, " vivant ô mon cher ange ! " ".
4 mars 1854
Tu partis seul en diligence pour l'asile d'Endenich… sans un mot, sans un regard pour nous. Brahms me dit qu'il t'avait vu, absorbé par la mappemonde qu'il t'avait fait porter. Tu relevais des noms de pays étranges, des noms de pays lointains…
" Un signe, tels nous sommes, et de sens nul, mort à toute souffrance et nous avons presque perdu notre langage en pays étragers… " écrivait Hoelderlin dans son asile.
29 juillet 1856
À 47 ans, tu laissas la mort t'envahir. Près de toi, la page de partition du Carnaval avec ses notes énigmatiques :
ASCH et SCHA qui " doivent être entendues sans être jouées ".
" ASCH pour les cendres, pour les larmes SCHA pour Schumann, pour les flammes ".
Réservations : 04 90 82 21 56
Tarifs :
Plein Tarif : 16 €
Tarif réduit : 11 €
Tarif groupe de plus de 10 personnes : 13 €
Site internet du festival off d'Avignon

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