Jacky TERRASSON Trio en Cornouaille

Dimanche 28 novembre à 17h
au Triskell de Pont l'Abbé
Jacky TERRASSON Trio

L'évènement jazz en Cornouaille cet hiver.
Avec son dernier album “Push”, voici Jacky Terrasson sous son meilleur jour: mélodieux, réfléchi, sensible.
Cette fois, le pianiste (très marqué par Thelonious Monk, Bud Powell et Keith Jarrett) multi-récompensé et salué dans le monde entier s'entoure d'un duo rythmique de folie ! Ensemble, les trois musiciens nous entraînent dans leurs turbulents jeux urbains oû se mêlent la fantaisie, la spontanéité, la vitalité. Ils construisent lentement les atmosphères, amplifient les nuances, les humeurs et l'harmonie. Un réel optimisme se dégage de ce trio inédit et exceptionnel qui nous livre une musique simplement heureuse. Les pulsations des grooves associées à l'élan des mélodies et le talent de l'écriture stimulent toute une palette d'émotions.
L'un des plus grands pianistes de jazz depuis les années 90 est un musicien aguerri et épanoui. Il s'autorise toutes les élégances et prises de risque, repousse les limites de son art avec des compositions personnelles sémillantes plus « punchy » que jamais et ourlées de quelques standards familiers et réinventés.
Réservations: Le Triskell Pont l'Abbé 02 98 66 00 40 (entrée 22/18€)
Jacky Terrasson,
un parcours de 1965 à 2010

«Dans sa jeunesse, ma mère, Rhunette, Américaine et originaire du Sud des Etats-Unis, travaillait chez un décorateur et à cette occasion elle avait rénové l'appartement de Miles Davis. Là, elle y a rencontré Philly Joe Jones, Paul Chambers et s'est passionnée pour cette musique. Elle a acheté beaucoup de disques ensuite, surtout des Blue Note d'ailleurs, quand j'y réfléchi ! Quant à mon père, Jacques-Louis, informaticien, pianiste classique à ses heures perdues, tout comme ma grand-mère, a fréquenté le jazz alors qu'il était étudiant à l'Université de Columbia, en assistant à des concerts ; Thelonious Monk entre autres. Une mère passionnée de jazz avec une collection incroyable de disques, un piano toujours à la maison grâce à mon père, c'est dans ce contexte que je suis né à Berlin en 1965»
Issu d'une famille de six enfants, les sorties ne sont pas fréquentes, mais lorsque qu'un disque de jazz est mis sur la platine, ses parents remarquent que Jacky est le seul enfant de la tribu à y préter attention. «Ils ont remarqué que j'aimais ça et m'ont inscrit à des cours de piano classique. Cet instrument, on l'a décidé pour moi. A cette époque, j'avais cinq ans et je me souviens que j'aimais plus le piano lui-même que le style de musique que l'on m'enseignait. Dès le début, j'ai cherché à jouer autre chose que la partition». «A douze ans environ, j'ai dit à mes parents que je voulais jouer du jazz». Terrasson commence alors à étudier le piano jazz avec Jeff Gardner, un américian expatrié. «A cette époque, dès que j'avais un peu d'argent, j'achetais énormément de vinyls : Bud Powell, Gil Evans, Miles Davis, Billie Holiday, Dexter Gordon, Art Blakey, ....». Mis à part Stéphane Paudras, élève également de Jeff Gardner, il connait peu de jeunes dans le milieu du jazz. Stéphane lui fait rencontrer son père, Francis Paudras, riche de mille souvenirs, ayant cotoyé les pianistes Bill Evans et Pud Powell (le film «‘Round Midnight» est basé sur les relations de Francis et de Powell). Francis possède une fabuleuse collection de disques et de films. Jacky se jette sur le tout avec voracité. «C'est lui qui a fait mon éducation jazz. J'étais tout le temps fourré chez lui. Il organisait des dîners qui duraient trois à quatres heures avec des musiciens du moment. Là j'ai rencontré Hancock entre autres. Je restais skotché par le personnage Paudras et ce qu'il me donnait à entendre ou à voir. Il me donnait beaucoup de conseils sur les disques qu'il fallait acheter, me faisait des copies sur cassette de ce qu'il me fallait découvrir et écouter. Je l'ai fréquenté jusqu'à mes vingt ans. Ensemble, nous avons écumé tous les clubs de jazz de la capitale, on écoutait tout. Francis, c'est mon père spirituel».
Jacky a quinze ans lorsqu'il entre au lycée Lamartine. Il y développe ses connaissances en théorie et en histoire de la musique, son oreille musicale aussi, mais reste sur sa faim quant à l'émulation collective. Un an plus tard il décide de faire du jazz sa vie. «Je n'avais envie que de ça, avant je voulais être pilote de ligne !».
Et puis c'est le départ pour Boston, poussé par Paudras et d'autres. Jacky a vingt ans, Francis lui fait une lettre de recommandation pour intégrer le Berklee College Of Music. «J'avais un dossier béton. Francis a même réussi à dégoter une lettre d'Hancock pour me recommander ! A Lamartine, je ne connaissais pas beaucoup de jeunes de mon âge qui s'intérressaient au jazz. Lorsque je suis arrivé à Berklee, je ne me sentais plus un martien, j'étais entouré de jeunes musiciens vraiment passionnés par le jazz ; une période vraiment stimulante. Mais ma première
impression du système d'enseignement fut une frustration. Nous n'avions qu'une demie heure par semaine de cours particuliers. Ray Santisi était un très bon prof mais chaque fois je repartais frustré de n'avoir eu qu'une si petite séance par semaine». Sa promotion réunissait, entre autres, Javon Jackson, Danilo Perez et Dennis Caroll (un bassiste de Chicago). «Je voulais apprendre le plus possible et surtout l'arrangement. A cet âge, on veut être le meilleur, c'est la compétition et on se fréquente peu ; j'ai surtout sympathisé avec Caroll». Ce dernier lui propose un engagement important au «Blondies» à Chicago, cinq soirs par semaine. Après une année passée à Berklee, Jacky plie donc bagage, appelle ses parents et séjourne dans la Ville Ventée pendant huit mois. «Je voulais jouer. J'ai appris trois fois plus vite qu'en classe en étant sur scène tous les soirs, obligé de jouer.». Là il se produit en trio, lui au piano, Caroll à la basse et Marshall Thompson à la batterie. «La semaine on jouait 3 à 4 sets, et le week-end jusqu'à 5 sets par soir. J'étais enfin musicien professionnel et je pouvais faire mes propres arrangements. C'est là que j'ai développé mon propre style en matière de trio».
Mais à regrets, il doit quitter Chicago et revenir en France. «Les flics ont débarqué chez mon grand-père. Ils me recherchaient pour le service militaire. Ne m'ayant pas trouvé, mes parents ont reçu plus tard un courrier de l'armée me signalant que j'étais incorporé d'office dans les parachutistes à Perpignan. J'ai bien compris à ce moment là que je devais me présenter illico en France !». Après quelques démarches Jacky se retrouve affecté comme barman à Rueil Malmaison. «J'étais bloqué une semaine sur deux à la caserne et les soirs de permission, j'essayais de jouer mais ça n'a pas été une période fluctueuse pour la musique!».
Après son service, Jacky s'installe à Paris, loue un piano et commence à jouer pour des festivals d'été et dans les clubs : le Montana, Les Bouchons, le Duc des Lombards. «Alain Jean-Marie m'a beaucoup aidé pendant cette période. Dès qu'il ne pouvait pas faire un gig, il m'appelait». Il est le pianiste de Dee De Bridgewater pendant six mois, joue avec les saxophonistes ténors Guy Lafitte et Barney Wilen, et monte son premier trio avec Bob Demeo et Jack Gregg avec lequel il jouera pendant un an.
Puis, Pierre Boussaguet lors d'un concert avec Turk Mauro lui apprend que Ray Brown cherche un pianiste pour un disque «Two Bass Hits». Jacky part trois fois en tournée avec le Ray Brown ‘s Two Bass Hits Featuring Pierre Boussagnet et Jacky Terrasson.
Jacky Terrasson apprend par le bouche à oreille, que le grand batteur Art Taylor cherche un pianiste. Terrasson considère alors ses dix-huit mois d'expérience avec Taylor comme son premier véritable engagement aux Etats-Unis. «J'étais dans le groupe de quelqu'un, une des deux raisons pour lesquelles j'étais revenu aux Etats-Unis. Le seul regret est que l'on ne travaillait pas assez, mais j'apprenais énormément. Accompagner un quintet, reprendre le style bebop piano-batterie, les rythmes, les accompagnements, fut passionnant. Et puis c'est bien de ne pas toujours être le leader. C'est un poids en moins». Parallèlement, il enregistre pour la première fois sur l'album de Jesse Davis, puis ceux de Wallace Roney et Javon Jackson.
L'année 1993 est décisive, Jacky forme un trio en s'entourant de deux jeunes vétérans de la scène nocturne du «Augies», le batteur Leon Parker et le bassiste Ugonna Okegwo. Avec ce trio, il enregistre pour le label japonnais Venus un album de standards intitulé «Lover Man».
«C'est Ugonna qui m'a fait rencontrer Leon. Avec ce trio, je me suis découvert en matière de style. On n'avait pas peur de chercher une image musicale
En 1990, il décide de repartir aux Etats-Unis et s'installe à New York. «Je suis reparti pour deux raisons ; la première culturelle, être là où ma mère était née. La seconde, pour la musique, je voulais être dans le groupe de quelqu'un, même si je sentais que j'avais ma propre personnalité, je voulais continuer à apprendre avec un musicien qui avait déjà trente ans de carrière». Il passe le plus clair de son temps dans le nord de la ville (uptown). Le lieu des fins de soirée d'alors est le club «Augies», où des jeunes guerriers comme Terrasson, le saxophoniste Jesse Davis et les
trompettistes Wallace Roney et Tex Allen se font les dents. «C'est un club où il y avait toujours de la bonne musique et j'ai commencé à y fréquenter pas mal de musiciens américians. Je jouais avec le quintet de Jesse Davis et je me souviens que cette période fut assez dure, on se faisait payer en passant dans les allées avec le chapeau, j'avais l'impression de tout recommencer à zéro. Parallèlement, je jouais tous les soirs en parcourant tous les clubs». C'est un label français Jazz aux Remparts qui le remarque en premier et lui donne l'occasion d'enregistrer son tout premier album «What's New». Ce sont deux musiciens qui donnent énormément et avec eux je dépassais mes limites». En associant discipline et savoir avec pratique, humilité, empathie et humour Jacky exprime tout simplement son individualité. Pour Terrasson, cette dernière qualité - individualité - signifie «être détaché des milliers de disques que j'ai écouté, des influences et aller toujours plus loin en soi pour atteindre le style».
La même année, le saxophoniste ténor Javon Jackson, de Berklee également, joue un rôle déterminant dans l'évolution de sa carrière en l'invitant à jouer sur son premier album pour Blue Note, produit par Betty Carter. «J'ai rencontré Betty pendant une séance d'enregistrement, elle m'a dit qu'elle avait besoin d'un pianiste pour sa tournée. Nous sommes partis huit mois sur les routes. J'ai beaucoup appris sur l'espace - où jouer, ou se taire - en l'accompagnant. Et puis j'ai toujours aimé accompagner les vocalistes, essayer de leur apporter un soutien original».
Son premier concert avec Betty Carter à lieu en Novembre, le lendemain du concours Thelonious Monk, remporté sous les acclamations par Terrasson. Les plus grands labels de jazz se précipitent alors sur lui, mais l'intérêt de Bruce Lundvall, le président de Blue Note, avant le concours et son suivi du travail de Jacky l'emportent.
Après être passé par les rigueurs de l'apprentissage, et avoir gagné une reconnaissance plus que méritée, Jacky est prêt à risquer sa propre musique à travers le trio. Un peu plus d'un an après le début de leur collaboration ; Jacky, Ugonna et Leon entrent en studio pour enregistrer leur premier disque pour Blue Note, intitulé «Jacky Terrasson».
L'approche musicale fluide et pleine de style est influencée autant par le quintet de Miles Davis du milieu des années 60 que par le trio plus classique d'Ahmad Jamal. L'élasticité rythmique du trio, sa richesse harmonique, l'élan de ses mélodies sont largement représentés dans ce magnifique enregistrement, qui a mené Gene Seymour du New York Newsday's à écrire : «Cela peut paraître exagéré de dire que ces trois garçons vont changer pour toujours le trio jazz avec piano - des tas d'autres jeunes musiciens sont sur ce chemin - mais, avec une telle intensité dramatique, il est difficile aujourd'hui de penser à un autre trio».
Pour ce qui est de l'incroyable souplesse et fluidité existant entre les membres du groupe, Terrasson observe : «Cette liberté s'acquière au prix d'un long contrôle et d'un travail rigoureux. Après c'est une question de respect et d'écoute de l'autre. C'est comme une conversation à trois. Si l'écoute est là, chacun peut ajouter quelque chose qui rendra la conversation plus profonde et la fera avancer».
Un an exactement après son triomphe au concours Thelonious Monk, Terrasson est présenté dans le New York Times magazine comme l'un des trente artistes susceptibles de changer la culture américaine dans les trente prochaines années. L'album entraîne le trio dans une énorme tournée nationale et internationale de plus de 150 dates ; une période décisive pour Terrasson en tant que leader. Entre temps, le groupe enregistre son second album pour Blues Note «Reach» ; une fois encore, les musiciens dépassent toutes les attentes. Ajoutons à cela le cadre de cet enregistrement : live en deux pistes dans le temple de l'audio de Mark Levinson, Cello Sound System. Pas de micros individuels pour les musiciens, pas besoin de casques d'écoute. Une fois encore, Terrasson donne des versions inattendues et nouvelles de standards, et révèle, à travers cinq compositions originales, des facettes supplémentaires de sa personnalité de compositeur. Le trio, avec ce second album continue de parcourir le monde, salué par la critique et le public.
Un troisième album évènement, «RendezVous», enregistré avec Cassandra Wilson, sort en septembre 1997. Il s'agit d'une extraordinaire session de standards revisités où Jacky nous étonne par sa capacité à épauler solidement sans pour autant s'effacer. «J'aime les situations où je n'ai pas à me mettre en avant. Avec Cassandra, j'aimais créer des atmosphères et des grooves pour qu'elle se sente à l'aise».
«Alive», un album enregistré live au club Iridium de New York, en trio sortira l'année suivante. Puis en 1999, Jacky opte pour une nouvelle trajectoire en compagnie du Fender Rhodes. Accompagné d'une troupe d'élites : Jay Collins au saxophone et flûte, Grégoire Maret à l'harmonica, Ugonna à la basse, Jaz Sawyer à la batterie, Mino Cinelu, Richard Bona, Adam Rogers ou encore Rick Centaloza, il enregistre «What It is» un album entre pulsions jazz fusion et pulsations jazz funky où il donne une nouvelle interprétation du «Bolero» de Ravel ou encore de «Money» des Pink Floyd. Un album qui reflète ses multiples facettes et sa vision si personnelle. «C'est le plus grand groupe que j'ai constitué. Les musiciens avec lesquels je joue, me donnent l'inspiration».
En 2000, c'est un projet audacieux « A Paris », projet se nourrissant des mélodies de la chanson française, réarrangées comme des standards de jazz. Jacky invente une nouvelle source d'inspiration pour le Jazz, le répertoire de la chanson française. Pendant presque deux ans, en trio, Jacky parcourt le monde pour présenter ce disque.
Cette année –là, « A Paris » sera un des albums jazz les plus vendus en Europe. Il est également sélectionné aux Grammy Award pour sa collaboration avec le vibraphoniste Stephon Harris (album « Kindred ») et aux Victoires du Jazz en France (album « A Paris »).
Ces deux années de concert en trio, avec Sean Smith (contrebassiste délicat et subtil, qui a notamment collaboré avec Gerry Mulligan et Lee Konitz) et Eric Harland (jeune batteur prodige que l'on a pu découvrir au côté de Terence Blanchard et de McCoy Tiner) sont à l'origine de son nouvel album « Smile ». sorti en2002 Nous sommes loin des rencontres improvisées et sans spontanéités. Ces trois-là jouent ensemble, se connaissent, s'apprécient et sont
amis. Nul doute que la musique s‘en ressente. Pendant cette période et encore aujourd'hui, Jacky retrouve régulièrement Michel Portal, un autre artiste majeur du jazz, pour des concerts rares mais mémorables à travers le monde.
Il aura fallu quatre années pour que Jacly se décide à sortir enfin son premier album solo « Mirror » en 2007. La presse l'encense "Cela valait la peine d'attendre, tant de sentiments justes, de tenue, de vérité musicale, une si belle solitude" TELERAMA. "MIRROR témoigne de son irruption dans l'univers cadenassé de ces rares pianistes (Herbie Hancock, Keith Jarrett, Ahmad Jamal) dont on prétend qu'ils sont des monstres du subtilité" LIBERATION.
Il est amusant de noter que dans tous les disques de Jacky Terrasson, une logique s'opère, et chaque nouveau disque est en fait toujours annoncé dans les précédents, preuve d'une très grande cohérence et maîtrise de l'artiste.
© 2010 Christophe Deghelt Productions
A écouter gratuitement :

A voir : Jacky Terrasson New Trio - Live in Marciac - Body and Soul

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