Contemplation Gabriel Zufferey Piano solo

Contemplation
Gabriel Zufferey
Piano solo

Puisque c'est la fête des mères ce week-end en France, il semble fort à propos de dire en premier lieu pour présenter ce disque que le pianiste Gabriel Zufferey qui a obtenu le “ prix du meilleur espoir au ” Concours international de Piano Jazz Martial Solal (SACEM, Ville de Paris) à l'âge de 14 ans et un an plus tard, le “ Prix spécial du Jury ” au "concours de Piano Solo du Montreux Jazz Festival" a eu beaucoup de chance d'avoir une maman, professeur de piano, qui a su user d'ingéniosité pour amener l'enfant qui désirait devenir clown ... derrière un piano : "Elle m'a fait découvrir des clowns tels que Grock ou Dimitri, jouant tous deux de la musique. Je souhaitais apprendre la musique pour être clown, et maintenant je suis musicien ... faisant parfois le pitre à mon instrument !"
Certes à voir le titre et la pochette de son disque ( le premier qu'il enregistre seul après deux disques avec d'autres musiciens) un joli paysage de montagne brumeux encadré d'un bleu ciel couleur réputée pour son caractère apaisant, il est difficile d'imaginer un pianiste aimant faire le "pitre" quoique peut-être proche de Erik Satie, compositeur réputé pour son humour et son ironie, dont il offre un arrangement de la "Gnossienne 3" au caractère mystique, ingénieusement couplée avec "Nardis" de Miles Davis. Le pianiste montre rapidement que, outre de belles plages de "contemplation " ainsi dès le premier titre dans le morceau éponyme composé par McCoy Tyner, ce disque contiendra quelques surprises réjouissantes et inattendues... Et effectivement la "Tension" improvisée par le pianiste lui-même débouche très vite sur un arrangement remarquable du célèbre "Take five " de Paul Desmond qui parait-il pourrait signifier « pause de cinq minutes »... il ne faut cependant voir là encore aucune préméditation particulière de Gabriel Zufferey qui joue cinq improvisations personnelles sur ce disque, a totalement improvisé le programme de celui-ci en puisant dans un grands nombre de standards qu'il avait retenus( plus de soixante dix).
Des standards (treize) pour beaucoup très réputés, outre "Take Five", ainsi par exemple : "My funny Valentine" de Richard Rodgers, "Tenderly" de Walter Gross, "In a sentimental mood" de Duke Ellington, "Giant Steps" de John Coltrane, "Trinkle Tinkle" de Thelonious Monk... qui sont parfois difficiles à déceler sans la liste des titres figurant sur le disque tant le pianiste a , selon son inspiration de l'instant, un talent à exploiter les résonnances ou à rebondir ailleurs pour revenir à son point de départ - et là plus que d'un talent de clown il conviendrait de parler de celui de jongleur. Un jongleur pianiste très adroit jouant avec des mélodies qu'il fait rayonner sous une lumière qui s'allume parfois de façon très inattendue mais qui tel un flash permet un arrêt non pas sur l'image mais sur une note,une mélodie et ouvre parfois sur un court métrage intime. Bénéficiant d'un cadre idéal pour son enregistrement qui a été réalisé durant trois jours dans un studio dans les montagnes suisses à 1700 mètres d'altitude, sous le regard des étoiles... Gabriel Zufferey offre une rêverie dynamique empreinte de poésie où il alterne avec une certaine malice des phases de méditation contemplative (avec de très belles recherches sonores) à des phases de musique plus agitées et plus mystérieuses qui laissent imaginer un ciel (ou un monde) en effervescence, l'oeuvre d'un esprit sensible et créatif toujours en ébullition , une contemplation plus proche de la méditation que la simple observation...
Sur les dix-huit morceaux de ce disque cinq sont signés de votre nom pourquoi vous êtes-vous limité à ce nombre et comment définiriez-vous votre musique ?

Je suis arrivé avec une liste de standards et de compositions que j'étais susceptible de jouer ; j'ai choisi au fur et à mesure de l'enregistrement. Je n'ai trouvé que peu d'inspiration à jouer mes morceaux, sur le moment. Au final, il n'y a en fait aucune “composition” à moi, mais cinq improvisations spontanées, inscrites à mon nom sur le disque. Ces improvisations partent d'une idée, d'un sentiment, consciemment ou inconsciemment, et le développement se déroule instinctivement. Il n'y a rien qui est écrit, à part les deux premières phrases harmoniques (ligne montante & ligne descendante) de « Crépuscule».
Comment avez -vous sélectionné les différents standards de votre disque ?
J'ai un rapport différent avec chacun des morceaux du disque. La première fois que j'ai joué Tenderly, par exemple, c'était à un de mes premiers concerts – en duo avec un trompettiste d'une cinquantaine d'années de plus que moi ; un beau souvenir, avec un musicien enthousiaste et très chaleureux. Je crois me rappeler que nous avions aussi joué My Funny Valentine...
Concernant Take Five, Freedom Jazz Dance ou The Old Country, je les ai écoutés étant assez jeune, dans leurs versions originales – respectivement, avec Paul Desmond et Dave Brubeck en 4tet (avec cet ostinato presque immobile), Eddy Harris probablement en 5tet.. (aussi un ostinato!), ou Keith Jarret et son trio, dans « Standards Live ».
Pour Armando's Rhumba, In a Sentimental Mood, ou Giant Steps, je les ai d'abord travaillé et joué en jams principalement, avant de les découvrir par leurs compositeurs, en versions live ou studio.
Enfin, j'ai découvert voire redécouvert Nardis, Trinkle Tinkle, Lonnie's Lament, Lonely Woman et Gnossienne nº3, par la suite voire récemment, comme pour Erik Satie que j'ai vraiment écouté il y a peut être deux ans, ou les diverses versions de Nardis par Bill Evans et ses trios.
Pour parler du choix des titres, je suis arrivé au studio d'enregistrement avec une longue liste de ces morceaux arrivés dans ma vie par divers chemins, certains se sont imposés au fur et à mesure de l'enregistrement . Après en ce qui concerne l'ordre des morceaux dans le disque, il y a eu peut-être trois essais, et le dernier a été retenu.
Vous avez envisagé Contemplation "comme une lettre ouverte, une réflexion sur son monde et celui des autres, tel un chemin initiatique vers la réalisation de soi et au-delà... " ... , pensez-vous que vous avez encore sans cesse beaucoup à apprendre encore des autres musiciens de jazz et comment vivez-vous cet "apprentissage" ?
Je me sens bien formé et à présent solide, et avec une direction musicale de plus en plus consciente. Je ne cherche pas à faire d'autres écoles, mais à continuer à expérimenter, seul et avec d'autres, et à entendre et découvrir d'autres artistes, tout au long de ma vie si possible, lorsque l'occasion se présente.
Nous sommes semblables, et nous avons notre propre route. Nous avons une route similaire, et nous sommes différents...Il y a toujours à apprendre des autres et de soi-même !
Vous avez enregistré ce premier album solo dans un village isolé à 1700 mètres d'altitude et avez choisi de retenir le titre "contemplation" d'une composition de McCoy Tyner que vous avez reprise sur votre disque , en harmonie avec le lieu où vous avez créé "sous les étoiles" , comment avez vous vécu ces trois jours d'enregistrements ?

J'ai très très bien vécu ce moment, pour diverses raisons. L'enregistrement m'a été proposé spontanément par Etienne Métrailler, l'ingénieur du son de ce disque ; nous étions dans les montagnes, entourés de nature, avec un temps splendide et de belles personnes ; je pouvais rester le temps nécessaire pour enregistrer suffisamment de morceaux, et c'était un bon moment pour le faire. Un moment de création comme celui-ci est toujours particulier et plein de saveurs. Dans les moments de doutes, je prenais une pause, et quand je sentais que c'était bon, nous nous y remettions. J'étais aussi accompagné par Renaud Kressmann, mon manager depuis plus de dix ans, qui me connaît bien, et sait insuffler quelques suggestions aux bons moments.
En ressortant de là, il y avait encore tout le travail d'écoute et de sélection , mais je me souviens avoir partagé plein de contentement avec notamment Renaud et Etienne, à la fin de l'enregistrement. C'est un travail qui est fait, maintenant, et je me réjouis des enregistrements futurs.
De manière générale diriez-vous que vous êtes un "contemplatif" s'agissant de musique ou tout autre art voire autre domaine ou par rapport à la nature, l'humanité ... ?
Ce qui me passionne, c'est vivre, avec ses hauts et ses bas. Sur le moment, le bas n'est pas drôle, mais avec le recul, il donne de la richesse, du vécu, de la force, de la confiance ... de l'inspiration. Vivre, c'est rencontrer des gens, développer des relations, découvrir de nouvelles choses, s'investir.... Pas un jour ne me quitte sans que j'aie pensé, fredonné, fait de la musique, ou quelque chose en rapport avec.
Quels sont vos prochains concerts qui vous tiennent les plus à coeur et/ou autres projets ?
Je fais quelques concerts ces temps-ci, en expérimentant des réharmonisations de standards que j'écris, et que je prévois sans doute dans un ou plusieurs de mes futurs disques. Je me prépare à repartir à New York.
A noter les prochains concerts de Gabriel Zufferey :
Dimanche 3 juin 2012 à 20h
Vernissage “ Contemplation ”
Piano Solo
AMR, Genève
Vendredi 29 juin 2012 à 19h30
Nocturnes
Eric Fournier-batterie, Manuel Gesseney-saxophone alto, Antoine Thouvenin-guitare, Marco de Freitas-contrebasse, Gabriel Zufferey-piano.
L’AMR aux Cropettes, Genève

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Gabriel Zufferey
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